La «guerre» du franc a besoin d’un général de toute urgence

La Banque nationale traverse une période dramatique. Sa politique de change, qui consiste à ne tolérer aucune conversion en euros en deçà de 1 franc, est mise à mal, ou du moins testée, pour prendre un terme un peu moins agressif. Or, il n’en va pas moins que d’une remise en question de la crédibilité de la gardienne de la monnaie suisse. Et, le cas échéant, de mesures de défense de plusieurs milliards. Certains, à l’image de Christoph Blocher, parlent d’une «guerre» devant être menée avec toute la détermination possible.

L’incertitude et les spéculation sont les dernières choses dont a besoin la BNS pour lutter conter le franc fort.

Le fait que la Banque nationale se soit «ridiculisée» durant le week-end pascal avec un cours de l’euro inférieur à 1 franc 20 ne vient pas seulement des inquiétudes renaissantes à propos de la stabilité de la monnaie unique. Les problèmes viennent également de l’intérieur…

  • Cela fait maintenant trois mois que Philipp Hildebrand a démissionné de la présidence de la BNS. Depuis, la banque n’a qu’un président ad interim, en la personne de Thomas Jordan. Mais le Conseil fédéral ne rend pas service à ce dernier en attendant encore la nomination définitive. Cela peut être perçu comme de la méfiance. Le gouvernement veut-il finalement quelqu’un d’autre? Aspire-t-il peut-être à une toute autre politique de la part de la BNS? On ne sait même pas encore quand doit avoir lieu cette nomination. Or, l’incertitude et les spéculations sont les dernières choses dont a besoin la BNS pour lutter contre le franc fort.
  • Depuis le départ de Philipp Hildebrand, la direction de la Banque nationale ne compte plus que deux membres. Qui prendra la suite? Quelle politique représentera le nouveau membre? Et quand l’organe sera-t-il enfin de nouveau au grand complet? Là encore, l’incertitude n’amène rien de bon.

    En prenant son temps pour nommer un nouveau membre dans la direction de la BNS, le Conseil fédéral se montre contre-productif. (Image: Keystone)

  • Du côté de la BNS, la politique des coups d’épingle à l’encontre des marchés des devises s’engourdit. Si l’on avait réussi, sous l’ancien directeur, à faire grimper le cours de l’euro à près de 1 franc 25 en octobre, grâce à des déclarations ciblées, il n’a cessé de se rapprocher ces dernières semaines du cours plancher fixé à 1 franc 20. A part ces déclarations aux allures de mantra selon lesquelles on ne saurait tolérer un cours situé en deçà de 1 franc 20, tout est devenu étonnamment calme. Pourtant, la BNS devrait elle aussi jouer délibérément le jeu psychologique: semer l’incertitude sur le marché des devises sur le fait que la Banque nationale ne pourrait pas relever une fois de plus la valeur plancher.

Tant que l’état-major de cette institution ne sera pas au complet, il ne se passera probablement pas grand-chose. Le Conseil fédéral doit donc agir et nommer le président de la BNS et le troisième membre de la direction.

Ces dernières semaines, la situation a dû s’aggraver pour la Banque nationale. Maintenir le cours plancher près de l’objectif sera bien plus difficile et plus délicat que si la marge de manœuvre était plus grande. Ou, pour reprendre la terminologie guerrière blochérienne, les attaques sont plus probables au fur et à mesure que les fronts se rapprochent… et les combattants du franc fort ont besoin d’urgence d’un général.