Travailler moins pour vivre mieux?

On continue alors à rêver à des concepts idéaux mais, dans la pratique, on œuvre principalement pour rendre la réalité supportable.

On continue alors à rêver à des concepts idéaux mais, dans la pratique, on œuvre principalement pour rendre la réalité supportable. Voilà qui ouvre la voie afin que l’emploi salarié devienne ensuite, au fur et à mesure du développement de l’Etat social, un statut qui protège. Il offre aux travailleurs, en contrepartie de leur labeur, un accès à la formation, à la protection sociale.

KEYSTONE

Le Suisse aime les vacances. Mais il aime surtout le travail, estime Christophe Reymond.

La Suisse a assimilé de manière très profonde la valeur que revêt le travail, au-delà de la conscience qu’un pays sans ressources naturelles n’a pas vraiment d’autre choix pour aspirer à la prospérité. Nos concitoyens en ont conçu une approche pragmatique, fondée sur le respect de l’activité laborieuse et nourrie de plusieurs éléments très typiques des habitudes helvétiques: amour de «la belle ouvrage», culture du dialogue, paix du travail, conventions collectives. Notons que la structure du tissu économique (99% de PME) contribue à créer une proximité et une forme de méritocratie, peu dévoyées par la démagogie des politiques.

Ce rapport particulier entretenu avec le travail transparaît au travers de plusieurs indicateurs. Le taux de la population qui exerce une activité professionnelle est plus élevé qu’ailleurs. La durée de travail hebdomadaire s’avère en général un peu supérieure à celle des autres pays. Le départ à la retraite survient en moyenne deux ans plus tard que dans les Etats européens. Les sondages réalisés en Suisse sur l’importance et la place du travail montrent invariablement un niveau élevé d’attachement et de satisfaction.

C’est donc en se rappelant que le travail n’est pas mauvais en soi, mais au contraire consubstantiel à l’être humain, que la majorité des Suisses refuseront dimanche l’initiative imposant six semaines de vacances. Et probablement en se souvenant du bon mot qui prétend que les vacances vident le porte-monnaie plus encore que la tête; car ils savent aussi qu’il faut commencer par remplir le gousset.