Sans croissance, la Suisse aussi sera confrontée au problème de l’endettement

On peut retourner le problème dans tous les sens : sans croissance économique, la dette nationale de la Suisse atteindra elle aussi des sommets. Supposons toutefois, comme l’a fait le Département des finances dans ses perspectives à long terme de 2012, une croissance de tout juste 1 % par an. D’ici à 2060, l’endettement de l’État dépasserait alors les 130 % du PIB, principalement en raison de l’évolution démographique. Mais même les scénarios les plus funestes gardent un point positif : il nous reste un peu de temps pour les éviter. Que doit donc faire la politique ?

Il faut avant tout faire en sorte que l’économie suisse puisse continuer à croître.

Il faut avant tout faire en sorte que l’économie suisse puisse continuer à croître. Cela implique d’améliorer les conditions pour les entreprises, et de ne surtout pas les rendre plus mauvaises. La liberté d’entreprendre crée de l’emploi. Plus la croissance est forte, moins les économies nécessaires doivent être draconiennes.

Il faut tout mettre en place pour que l'économie suisse puisse croître. Vue d'une installation de production de Nestlé à Konolfingen.

Cela nous amène à la question de la libre circulation des personnes avec l’Union européenne. La compromettre serait fatal à la croissance. Notre économie a besoin de travailleurs étrangers hautement qualifiés. Je conviens volontiers que cela crée aussi des tensions sur le marché du logement et l’infrastructure des transports. Ces problèmes ne sont cependant pas insolubles et doivent être traités séparément. Une plus forte immigration stimule non seulement la croissance, mais elle réduit également le déficit financier des assurances sociales.

Toutefois, nous ne devons pas nous attacher uniquement à la croissance : le frein à l’endettement doit lui aussi être respecté à la lettre. Si l’on veut que les réformes des assurances sociales soient réalisées à temps et de façon durable, il est judicieux de soumettre ces assurances sociales à une règle similaire à celle du frein à l’endettement.

Autre point important : l’État doit investir en priorité dans l’éducation et les infrastructures. On voit ici une différence fondamentale avec les États surendettés, qui ont dû prendre des mesures d’économies draconiennes également sur ces postes. La Suisse a la chance de bénéficier (encore) d’une marge de manœuvre dans ces domaines. Point n’est besoin de souligner l’importance que revêt l’excellence de la formation et de la recherche pour une nation de la connaissance quasi dépourvue de ressources naturelles.

En Suisse aussi, nous avons pas mal de travail pour éviter de tomber dans la situation à laquelle nous assistons aujourd’hui dans certains pays d’Europe. En mettant en place le frein à l’endettement, notre pays a montré qu’il peut adopter une vision à long terme. C’est en majeure partie grâce à ce dispositif que notre situation est comparativement meilleure que celle des autres pays. Espérons que nos politiques sauront s’attaquer aux défis de l’avenir et continuer à améliorer les conditions de la croissance économique.