Un zeste de zenitude à l’heure du chaos

Souvenez-vous! La Suisse était ce pays où les trains arrivaient à l’heure, ce pays tranquille où l’on s’ennuyait un peu mais où les vieilles dames n’étaient pas agressées chez elles par des psychopathes en goguette. C’était l’époque où les pauvres avaient la décence de rester chez eux et ne nous importunaient pas dans nos rues avec leurs mains tendues.

A moins que ce pays n’ait jamais réellement existé. Qu’il ne soit qu’une image reconstruite par nos mémoires défaillantes. A moins que ce meilleur des mondes réinventé ne soit que le produit d’une époque où l’information circulait peu, où les choses étaient davantage tues ou cachées. Parce que ces choses ne se disaient pas, mon bon monsieur. On tire les rideaux, et motus et bouche cousue!

De pauvres, la Suisse en a toujours été peuplée, mais la honte les rendait invisibles. Aucun risque qu’ils fissent la manche. De la violence, il y en avait, la plupart du temps au sein des familles, dans les couples, sur les enfants. Battue, une femme devait aussi se taire. Pour ne pas avoir en plus à affronter le déshonneur d’un divorce.

Restent les trains, beaucoup moins nombreux certes, mais qui arrivaient effectivement à l’heure. Parfois chargés de saisonniers italiens auscultés comme du bétail à leur arrivée en gare de Cornavin. Un monde parfait, assurément.

Spécialement dédiée aux Genevois, cette piqûre de rappel n’a d’autre ambition que de leur suggérer de relativiser un peu. Non, leur monde ne s’écroule pas parce qu’un conseiller d’Etat très mal inspiré a fait le coup de poing le matin du 1er janvier.

Alors, pestons solidairement contre ce tram attendu depuis une demi-heure dans une bise forcément glaciale! Mais n’en déduisons pas que nous ne sommes gouvernés que par des incapables qui se moquent de nos problèmes.

C’est à l’heure du chaos qu’il convient le plus de rester zen. Par exemple en se souvenant que nous avons la chance de vivre dans un système politique qui autorise les citoyens, tous les quatre ans, à renvoyer à la maison les élus qui ne leur conviennent pas. Cela peut paraître peu, mais c’est ce à quoi aspirent dans de nombreux pays des populations qui ont encore plus de raisons d’être en colère que nous.