Economiser de l’énergie, maintenant et à la bonne place

Les événements au Japon attirent notre attention sur l’utilisation des énergies en général, et particulièrement sur la situation sans issue concernant l’approvisionnement énergétique futur de la Suisse. On est tous d’accord sur le fait que l’on se dirige vers une pénurie d’énergie. Cette unité se brise pourtant rapidement lorsque l’on en vient à discuter de la manière de s’y préparer. Les recettes sont nombreuses, les solutions rares.

Diminuer de moitié notre consommation pour nous chauffer permettrait de se passer du nucléaire (photo Keystone).

On parle, d’un côté, de la société à 2000 watts et d’énergies renouvelables, de l’autre, de centrales à cycle combiné et de centrales nucléaires. Les adhérents de la cause des 2000 watts cherchent à consommer moins d’énergie, mais perdent de vue que la population résidente augmente à grands pas, ce qui entraîne une augmentation des foyers qui nécessitent également de l’électricité. La croissance assure la  richesse et notre énergie en est la base, leur déclare-t-on en retour. Des fossés se creusent, les scénarios des anciens mouvements antinucléaires reviennent à nouveau sur le devant de la scène. Et aucune solution ne se fait jour.

Commençons alors par les mesures qui jouissent d’un soutien politique majoritaire. La rénovation des bâtiments, notamment. Il s’agit surtout du chauffage, mais la production de chaleur nécessite en fin de compte aussi de l’énergie. L’économie d’énergie de chauffage ne peut donc pas naturellement remplacer l’énergie électrique en elle-même. Cependant, il s’agit de démontrer les ordres de grandeurs aux quels nous avons à faire. L’enjeu est que nous devons apprendre, dans l’emploi de nos énergies, à mettre l’attention sur l’efficience. Cela devient évident avec l’exemple de certains chiffres concernant les énergies consommées pour le chauffage. Ils démontrent quel immense potentiel reste inexploité.

Si nous étions capables de réduire de moitié nos besoins en chauffage, nous aurions donc économisé une quantité énergie égale à la production de toutes les centrales nucléaires suisses.

Durant l’année 2009, le besoin en chauffage se chiffrait à 173 pétajoules. Ainsi, cette part, sur la consommation totale en Suisse, se portait au-delà des 30%. Près d’un tiers de toute l’énergie consommée en Suisse – sans comptabiliser les transport s- part de la sorte en fumée pour le chauffage des bâtiments. Naturellement, nous devons tenir compte du fait que cette consommation peut varier d’année en année, selon les conditions climatiques.

Pour en souligner l’ampleur, il vaut la peine de comparer la consommation d’énérgie pour le chauffage dans toute la Suisse avec la production énergétique de toutes les centrales nucléaires suisses. En 2009, elles ont produit une énergie électrique équivalant à 26’119 gigawatts. Ce qui revient à 94 pétajoules. Si nous étions capables de réduire de moitié nos besoins en chauffage, nous aurions donc économisé une quantité énergie égale à la production de toutes les centrales nucléaires suisses.

Mais est-ce réalisable? Etudions quel potentiel repose en la rénovation de vieux appartements. Uniquement entre 1990 et 2000, la part de vieux appartements nécessitant une rénovation a augmenté de 1,5 millions, pour atteindre un total de 3,6 millions de logements. Plus de 80% des bâtiments en Suisse comportent uniquement des habitations. Le vieillissement de l’ensemble bâti est en constante augmentation, de manière à ce que, de nos jours, près de la moitié des habitations en Suisse – tout au moins leur installations énergétiques – nécessitent une rénovation.

Ces comparaisons démontrent de façon exemplaire quel énorme potentiel énergétique reste encore disponible. Attaquons-nous y, sachant qu’il serait extrêmement négligent de ne pas tirer profit d’une telle opportunité d’économie. Et sans risques, à coup sur.