Le vieil homme qui n’arrivait pas à lâcher

Le président démissionnaire d’un parti politique ne se mêle normalement pas de la désignation de son successeur. Celui qui reprend les rênes ne doit pas rester dans l’ombre de son prédécesseur; il doit avoir assez de liberté pour imprimer sa propre marque sur le développement du programme du parti.

De même, dans une organisation démocratique, le choix du successeur doit s’effectuer de façon démocratique – il ne saurait en être autrement. Un ancien président ne peut pas se permettre d’utiliser son pouvoir pour compliquer la tâche des candidats qu’il n’apprécie pas. Fulvio Pelli, le président du PLR qui quittera ses fonctions en avril prochain, a jusqu’à présent respecté cette règle de façon exemplaire.

On ne peut en dire autant d’Ueli Leuenberger, président des Verts, qui ne perd pourtant pas une occasion pour se présenter comme un homme honnête et un défenseur des droits démocratiques. Il démissionnera également en avril, et lors de la dernière réunion des délégués, il a eu des mots très vifs envers plusieurs candidats à la fonction suprême: «S’il doit y avoir un changement de cap, alors nous n’irons ni plus à droite ni plus à gauche, mais nous irons toucher le fond», avait-il décrété à Kriens (LU), devant les membres de son parti. Il faut tout de même noter une chose: un virage marqué à gauche, compte tenu de la position d’Ueli Leuenberger, est quasi impossible.

Président démissionnaire des Verts suisses, Ueli Leuenberger prend part sans mâcher ses mots aux discussions sur sa succession.

En outre, Leuenberger explique clairement la situation: ni le conseiller national zurichois Bastien Girod, ni sa collègue vaudoise Adèle Thorens ne reçoivent sa bénédiction présidentielle. Tous deux sont en effet partisans d’une ligne modérée, qui ne bataille pas à toute occasion avec les sociaux-démocrates pour se placer le plus à gauche sur l’échiquier politique.

Quoi qu’il en soit, la position de Bastien Girod est populaire auprès de la base zurichoise. Elle l’a déjà nommé officiellement candidat, avec Markus Kunz, l’ancien président du canton. Mais comme pour rendre nulle et non avenue cette décision démocratique, Ueli Leuenberger revient à la charge dans la SonntagsZeitung: selon lui, il n’est pas bon «d’élire à la présidence un représentant que les médias et le grand public classent dans le camp de la droite». Il cherche ainsi à étouffer dans l’œuf toute discussion sur un renouvellement du parti.

Il est visiblement atteint du même mal que de nombreux hommes âgés: il n’arrive pas à passer la main. Il veut se bâtir un monument. Après son départ, tout doit continuer comme auparavant. Comme s’il était toujours président.

Les électeurs suisses souhaitent des hommes et des femmes politiques qui s’attaquent à des problèmes dont la solution se trouve à leur portée.

Mais il est évident, et depuis longtemps, que les Verts ne peuvent plus gagner avec son programme. Lors des dernières élections, ils ont subi une défaite cuisante, alors même que la situation, au lendemain de la catastrophe nucléaire de Fukushima, n’aurait pas pu être plus favorable. Les grands gagnants, en revanche, ont été les Vert’libéraux, qui, avec leur vision pragmatique des choses, volent de victoire électorale en victoire électorale.

La politique écologiste d’Ueli Leuenberger, quant à elle, ne représente pas de concepts et de faits concrets, mais une idéologie brandie bien haut. Il veut déraciner le système économique mondial, ce «système de société fondamentalement inégalitaire qui épuise les ressources, modifie le climat et écrase l’être humain». Il n’a peut-être pas tort: dans notre société mondialisée, les injustices sont nombreuses. Mais les électeurs suisses souhaitent des hommes et des femmes politiques qui s’attaquent à des problèmes dont la solution se trouve à leur portée. Ils veulent ainsi des personnes qui abordent des questions complexes et scientifiques, telles que les façons de remplacer de manière fiable l’énergie nucléaire par des énergies renouvelables.