Combien de morts faudra-t-il encore?

Les faits divers se suivent. Et se ressemblent. En mai, dans l’Emmental bernois, un homme, menacé d’expulsion, tue un policier avec son arme d’ordonnance. L’enquête révèle que le tireur n’avait pas le droit d’être en possession d’une arme militaire. Indignation générale: armée, politiciens, autorités fédérales et cantonales promettent des mesures pour éviter qu’un tel drame ne se reproduise.

Le 4 novembre, à Saint-Léonard, un Valaisan de 23 ans se sert de son fusil d’assaut pour tuer son amie de 20 ans. Cet homme était connu des services de police. Il avait été condamné pour menaces et dommages à la propriété et n’aurait pas dû posséder une telle arme. Indignation générale: armée, politiciens, autorités fédérales et cantonales promettent des mesures pour éviter qu’un tel drame ne se reproduise.

Il y a une dizaine de jours, un jeune de 23 ans est tué, chez lui à Boudry, par une arme de service. Ce Neuchâtelois n’aurait pas dû être en possession de munitions militaires. Indignation générale: armée, politiciens, autorités fédérales et cantonales promettent des mesures…

Permettre à la police de confisquer immédiatement une arme d'ordonnance à une personne représentant un danger? Une décision politique qui tarde à être prise. (Keystone)

En moins de six mois, trois cas similaires ont secoué la Suisse. Et des dizaines d’autres ont été répertoriés les années précédentes. Pourtant, malgré les promesses, aucune mesure concrète n’a été prise pour éviter l’usage abusif des armes, particulièrement des armes militaires.

Certes, l’armée ne distribue plus de munitions de poche depuis 2007. Elle tente aussi d’évaluer la dangerosité des soldats avant de leur procurer leur arme et leur permet depuis 2010 de laisser leur fusil à l’arsenal s’ils le souhaitent. Mais, une fois qu’un Fass 90 entre dans un domicile, plus rien ne permet d’évaluer les risques.

Un problème qui fait débat depuis longtemps. Il échauffait encore les esprits en janvier dans le cadre de l’initiative populaire «Pour la protection face à la violence des armes», qui exigeait notamment le dépôt de toutes les armes militaires à l’arsenal.

Opposé au projet, le Conseil fédéral appelait alors la population à rejeter le texte en promettant de «durcir les dispositions pour protéger la population contre l’usage abusif d’armes à feu». Il était alors question d’un registre national des armes, d’une meilleure collaboration entre police et armée et d’une surveillance accrue des stocks de munitions militaires.

S’il est vrai que la volonté du peuple doit être respectée (même quand il se trompe), on peut aussi attendre de la Confédération qu’elle tienne ses promesses.

L’initiative a été rejetée, mais les mesures annoncées sont restées lettre morte. S’il est vrai que la volonté du peuple doit être respectée (même quand il se trompe), on peut aussi attendre de la Confédération qu’elle tienne ses promesses. Les drames de ces derniers mois auraient sans doute pu être évités.

Au lieu de cela, ils poussent une nouvelle fois les autorités à prononcer des vœux pieux. L’armée et les cantons se sont ainsi engagés, il y a quelques jours, à créer un groupe de travail pour améliorer leur collaboration. La Commission de la politique de sécurité du Conseil national assure, elle aussi, «évaluer la situation» (même si celle-ci est connue depuis belle lurette!).

Seule sa commission jumelle du Conseil des Etats a agi. Par voie de motion, elle demande au Conseil fédéral de créer les bases légales permettant à la police de confisquer immédiatement toutes les armes civiles ou militaires détenues par une personne ayant proféré des menaces ou s’étant adonnée à des actes de violence.

Un projet qui n’est qu’un petit pas dans le bon sens. Il appartiendra en effet au nouveau parlement de prouver qu’il ne s’agit pas d’une simple promesse pour se donner bonne conscience. Sinon la question lancinante reviendra au prochain drame: combien de morts faudra-il encore?