Les éoliennes, une opportunité pour notre pays

Je viens juste de rentrer d’une mission humanitaire au Burkina Faso. Lorsque j’entends dire que l’on ne veut pas d’éoliennes en Suisse parce que c’est soi-disant vilain, je me dis que l’on a vraiment des problèmes de pays riche. Qu’est-ce qui est beau et qu’est-ce qui ne l’est pas? Le viaduc de Chillon est-il beau pour ceux qui vivent au pied des colonnes de béton? 

Voilà une vaste question qui ne trouvera pas de réponse tant les avis sont différents. Mais ce qui est sûr, c’est qu’une éolienne ne détruit pas le paysage, tout au plus elle l’emprunte. Si dans 20 ans nos enfants veulent les enlever, ils retrouveront un paysage intact. 

Contrairement aux idées reçues, une éolienne produit beaucoup d’électricité. J’ai réussi à faire passer une initiative parlementaire au Grand Conseil vaudois pour que l’on puisse installer jusqu’à 32 mètres carré de panneaux solaires sur tous les toits des bâtiments qui ne sont pas classés monuments historiques en note 1 ou 2. C’est vous dire si je crois en cette énergie. 

Les éoliennes en Suisse, ce n'est pas une plaie, selon Isabelle Chevalley, mais un atout. Joueurs de cor des Alpes devant une installation au col du Nufenen.

Mais pour que le solaire puisse produire autant que l’éolienne de Collonges (VS), il faudra que plus de 1400 propriétaires vaudois installent 32 mètres carré de solaire photovoltaïque. Le potentiel éolien du pays peut représenter entre 7 et 10% de notre consommation. Ce n’est pas négligeable lorsque l’on sait que la centrale nucléaire de Mühleberg représente 4%. 

Un autre grief qui est fait à l’éolien est la dangerosité envers les oiseaux. Une étude américaine (1) a montré que sur 100’000 oiseaux tués dans des infrastructures humaines, l’immense majorité s’écrasent contre les vitres des bâtiments, beaucoup sont happés par la circulation routière, et seulement un à quatre oiseaux sont tués par les éoliennes. Donc, si on veut sauver les oiseaux, il faut enlever les vitres de nos maisons et arrêter les voitures… Un peu de bon sens! Et aucun propriétaire de parc éolien ne voudra se trouver dans un couloir migratoire avec une armée d’écolos au pied de ses hélices et les TV du monde entier pour montrer le carnage.

Ce qui est certain, c’est que quelques personnes font une fixation sur cette énergie, à s’en rendre réellement malades.

Quant au soi-disant bruit insupportable des éoliennes, il faut remettre tout cela dans son contexte. Leur bruit est limité la nuit à 40 dB. Grâce à une application sur mon smartphone («dB volume meter»), j’ai testé différents sons qui nous entourent. La fontaine qui est dans mon jardin juste en dessous de la fenêtre de ma chambre à coucher et que j’entends toutes les nuits, produit un bruit de 51 dB. Lorsque j’ai passé quatre jours au bord de la mer, cette dernière produisait un son de 61 dB. Chacun peut faire lui-même le test grâce à cette application. 

Nous sommes entourés tout le temps de bruit, sans parler des personnes qui habitent aux abords des autoroutes, des voies de chemin de fer ou des aéroports, qui subissent des nuisances sonores bien plus importantes. Personne ne peut plus, au nom de son petit confort personnel, revendiquer un calme absolu. Le développement de l’énergie éolienne fait partie des objectifs de la Confédération et devrait donc pouvoir revendiquer un intérêt public prépondérant, comme cela a été le cas pour les autoroutes par exemple. Pensez-vous que celui qui s’est retrouvé avec une autoroute au fond de son jardin a applaudi des deux mains? Bien sûr que non, mais cela a pu être fait car c’est l’intérêt du plus grand nombre qui doit primer. 

Quant aux infrasons des éoliennes, ceci n’a strictement aucun impact sur la santé humaine et c’est l’Académie de médecine française (2) qui le dit.

Ce qui est certain, c’est que quelques personnes font une fixation sur cette énergie, à s’en rendre réellement malades. Mais cela ne signifie pas qu’il faille renoncer à une énergie propre, sûre et fiable. Notre pays a besoin de l’énergie éolienne pour diversifier son approvisionnement énergétique. 

(1) National Wind Coordinating Committee (NWCC), Avian Collisions with Wind Turbines: A Summary of Existing Studies and Comparisons to Other Sources of Avian Collision Mortality in the United States, 2001.

(2) Académie nationale de médecine, « Le retentissement du fonctionnement des éoliennes sur la santé de l’homme », 2005.