Si la Suisse veut être à la pointe, Berne doit donner le la!

La Suisse est en pleine mutation: nous sommes en train de passer d’une société de services à une société de la connaissance. La connaissance est à la base de l’innovation, qui est elle-même un facteur central de productivité nous permettant de garantir notre niveau de vie élevé. Les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont l’outil essentiel pour créer des informations de façon à leur donner de la valeur, et ainsi les rendre utiles au travail de connaissance. 

La Suisse est consciente de la valeur de la connaissance et de l’innovation. Et pourtant, nous n’arrivons pas à rendre nos investissements dans la recherche et le développement, qui sont élevés par rapport à d’autres pays, utiles pour l’économie et la société. Notre pays occupe la cinquième place de la liste des pays les plus concurrentiels établie par l’IMD, et tend à se faire dépasser. Que se passe-t-il? 

La Suisse n’a pas encore pris conscience du potentiel des technologies de l'information et de la communication. Ici le laboratoire de recherche d'IBM à Rüschlikon (ZH). (Keystone)

A l’heure actuelle, les TIC représentent 5% de la création de valeur en Suisse. Elles sont en bonne voie de dépasser le secteur bancaire (7,5%) d’ici quelques années. Et pourtant, ce grand pilier de l’avenir de la Suisse ne bénéficie que d’une (trop) faible visibilité dans le débat politique, public et économique. 

Notamment, on n’a pas encore pris conscience du potentiel de ces technologies. Il existe une stratégie de développement, qui est résumée dans l’«Agenda numérique», mais sa mise en œuvre nécessite une force de frappe bien plus importante. Les têtes pensantes de l’économie, de la politique et de l’éducation doivent inciter leur environnement à vivre les TIC et à les utiliser constamment dans leur travail quotidien. Concrètement : 

L’économie est invitée à faire entrer l’innovation dans les modèles d’entreprise et à la rendre rentable, avec le soutien des TIC. En effet, un tel appui aux processus de travail facilite un transfert de connaissances décentralisé et ouvre de nouvelles perspectives de carrières, entre autres pour les parents qui travaillent. Cela bénéficie à l’économie, car les connaissances disponibles peuvent être mises à profit tout au long de la vie. 

L’économie, la politique et la recherche doivent travailler en étroite collaboration et sous une bonne direction. 

L’économie et la recherche doivent apprendre, dans toutes les facultés et formations professionnelles, à adopter une utilisation productive des TIC et à former de nouvelles générations à l’informatique pour assurer la relève.

Cela commence dès l’école élémentaire: il existe des programmes de création de leçons à l’aide de l’informatique, mais les établissements scolaires ne les utilisent que très peu, lorsqu’ils les utilisent. Il serait donc vital d’éveiller l’intérêt des jeunes pour les TIC avant qu’ils ne choisissent leurs études ou leur métier.

En outre, les technologies des médias favorisent l’acquisition de compétences telles qu’un comportement intègre et responsable, l’autogestion ou encore l’esprit d’équipe – autant de qualités importantes dans une société de la connaissance. 

La politique, quant à elle, donne le la dans le monde des TIC. Le DETEC et le Département des finances et de l’économie doivent être les principaux acteurs de leur mise en œuvre. L’économie, la politique et la recherche doivent travailler en étroite collaboration et sous une bonne direction. L’enjeu est de taille : d’ici à 2013, le secteur des TIC emploiera 260’000 personnes en Suisse, soit quatre fois plus que le secteur fortement ancré dans l’histoire qu’est l’agriculture (62’000) et plus de deux fois le secteur bancaire (110’000), dont on parle tant aujourd’hui.