Face à la mendicité, des citoyens en quête de réponses

«Papa, qu’est-ce qu’il voulait, le monsieur, toujours assis là avec son gobelet?» «Pourquoi on donne une pièce à celui qui joue de la musique et pas à l’autre qui fait rien?» 

Face à la mendicité, le bon sens et la fraîcheur des enfants renvoient l’adulte à quelques questions fondamentales, en particulier sur lui-même. Quant aux politiciens, ils exploitent le phénomène à des fins électoralistes plutôt que de tenter de le comprendre et le gérer, à défaut de pouvoir le régler. 

Depuis quelques années, la mendicité s’est imposée dans des villes suisses comme Lausanne et Genève; et les autorités s’y sont attaquées à des degrés et avec des succès variables. Souvent assimilée aux populations roms, la pratique est source de nombreux fantasmes. Oui, il y a recrudescence. Oui, on retrouve tous les jours les mêmes têtes aux mêmes endroits. Oui, les témoignages se multiplient sur l’insistance croissante, presque violente, des quémandeurs. Oui, cela crée au moins un malaise chez le citoyen lambda, pourtant ni raciste ni fasciste. 

Quelle attitude adopter face à la mendicité? Une question pour les autorités... et pour le citoyen. Mendiante dans une rue de Lausanne. (Patrick Martin, 24 heures)

En revanche, les Roms ne sont pas tous des mendiants, ni des cambrioleurs diplômés. Rien ne prouve non plus qu’ils soient organisés en réseau, à en croire un policier lausannois spécialiste de la question. Ni que des jeunes femmes roms s’adonnent à la prostitution. Quant aux enfants mendiants qui choquaient les passants il y a une année encore, ils ont disparu des rues. 

La mendicité n’est pas forcément un problème de sécurité publique, puisque dans la majorité des cas les rapports entre passants et mendiants restent pacifiques. Mais, justement, sortie de l’ignorance plus ou moins polie dont on fait preuve face à eux, quelle réaction adopter? Quelle cohérence dans la générosité – ou pas? Que dois-je répondre aux questions de mes enfants? Comment dois-je contenir ce malaise que je sens monter en moi alors qu’un bras me tend un gobelet en quête d’une pièce? 

Interdire la mendicité ne doit pas être une échappatoire aux accents populistes. 

Voilà que la mendicité, au lieu de nous mettre en danger, nous met face à notre condition d’occidentaux vivant dans une certaine aisance et dont les préoccupations quotidiennes semblent bien éloignées de celles de ces populations défavorisées. Et le propos ici n’est pas de nous blâmer d’être les méchants riches face aux gentils pauvres. Encore moins de faire preuve d’un humanitarisme disproportionné. 

Présenté ainsi en pleine campagne des élections fédérales, le sujet peu paraître décalé, son traitement dépendant plutôt des élus locaux. Néanmoins, ces derniers sont parfois aussi à Berne, ou en tout cas candidats à y aller. Interdire la mendicité? Oui, c’est une possibilité, mais qui ne doit pas être une échappatoire aux accents populistes. Il faut assumer cette décision, l’appliquer avec autant de rigueur que d’humanité, et ne pas la laisser sans suite. 

Quant à la réponse attendue à l’échelle fédérale, elle réside certainement dans l’aide que l’on peut apporter à ces populations dans leur pays, puisque les spécialistes du dossier sont capables d’identifier leur provenance de manière assez précise.