Au secours, Jésus revient!

Née dans le très catholique canton du Valais, durant toute mon enfance, j’ai côtoyé Jésus en classe. En cinquième primaire, notre institutrice octroyait même des bons points aux élèves qui fréquentaient la messe du mercredi matin. La religion faisait partie de l’espace public et cela ne me semblait pas poser problème. Il faut dire que tous les élèves de notre école étaient baptisés, et presque tous catholiques.

C’est en m’exilant en terres protestantes pour mes études que j’ai découvert le principe de la laïcité. Le concept m’était si étranger que j’ai mis longtemps à en saisir les fondements et les avantages. N’étant pas forcément la même pour tous, la foi fait partie de la vie privée. C’est ce qui garantit la paix religieuse. En Suisse, la seule morale commune, c’est la loi. Traduction démocratique de nos valeurs et de nos principes.

Sus aux chiens d’infidèles, l’UDC nous inviterait presque à reprendre les armes pour partir en Orient délivrer le tombeau du Christ s’il ne fallait pour cela sortir des frontières nationales.

«Stoppt das Töten von Christen»: Kopten protestieren in Kairo.

« Arrêtez de massacrer les chrétiens»: des Coptes manifestent au Caire.

Le dogme qu’est la laïcité semble aujourd’hui appartenir au passé. La dernière législature marque en effet le grand retour du religieux dans l’espace politique. Après l’anecdotique débat sur le crucifix en classe, qui n’a pas vraiment mobilisé les foules, nous avons passé à la question nettement plus émotionnelle des minarets. Appendices architecturaux pour l’heure quasi inexistants dans nos vertes campagnes, mais qu’une habile propagande a réussi à ériger comme l’emblème d’une société chrétienne en perdition, battue  aux vents de l’islam triomphant.

Si les églises et les temples sont vides, la croix, elle, fait vendre. Et voter. Sus aux chiens d’infidèles, l’UDC nous inviterait presque à reprendre les armes pour partir en Orient délivrer le tombeau du Christ s’il ne fallait pour cela sortir des frontières nationales.

Ce pas, le PDC suisse vient de le franchir, en appelant à revoir les priorités de l’aide suisse au développement. Plus question de contribuer au financement d’Etats peu respectueux de leurs minorités chrétiennes. Ce sont ces dernières qu’il faut aider directement. Œuvrer à leur prospérité pour en faire des remparts contre l’islamisation qui menace le monde. On se réjouit déjà de voir les fonctionnaires de la Direction du développement et de la coopération (DDC) peser et sous-peser, à l’aide de savantes études statistiques et géostratégiques, qui mérite l’obole que notre chrétienne charité helvétique commande. Combien de messes et de cultes pour un puits, une école, une fromagerie ou un atelier de tissage?

La proposition démocrate-chrétienne n’est pas simplement absurde. Elle fait peur. Si le PDC ne croit plus aux vertus du développement pour lutter contre la montée des extrémismes – et il en a parfaitement le droit – le plus logique serait de proposer la suppression de la DDC. Mais ça ferait peut-être tache au pays de la Croix-Rouge. Alors, on préfère croire aux bonnes œuvres réservées aux chrétiens méritants.