Trop d’étrangers ou pas assez de Suisses?

Pour la droite nationaliste et certains milieux écologistes, la Suisse serait «surpeuplée». Les premiers veulent réduire le nombre d’étrangers, les seconds pratiquer une politique de décroissance. Ces solutions ne sont pas pertinentes. Elles vont même à l’encontre des intérêts bien compris de notre pays. Je leur trouve trois défauts majeurs, rédhibitoires.

Premièrement, le concept de «surpopulation» est relatif et contestable. Sur quels critères et selon quelle mesure peut-on décréter que la barque suisse est pleine?

La réalité est plus simple: il n’y a pas trop d’étrangers, mais pas assez de Suisses… en Suisse! Notre population indigène est en recul, et vieillissante. Le nombre moyen d’enfants par femme de nationalité suisse est de 1,4. Celui par femme d’origine étrangère, de 1,8. Chez les seuls Suisses, les seniors l’emportent sur les jeunes; alors que les étrangers de moins de 20 ans sont presque trois fois plus nombreux que leurs ainés de plus de 65 ans.

Une bonne politique migratoire n’a pas besoin d’agitation, de démagogie ou de surenchères.

Salon Léonard Bender, le défi posé par l’augmentation générale de la population ne peut être relevé qu’avec la croissance économique.

C’est donc bien l’apport migratoire qui freine notre déclin démographique! Selon un scénario moyen de l’évolution de la population, la Suisse pourrait compter 8,8 millions d’habitants dans une génération. C’est toujours moins que l’actuelle agglomération parisienne ou celle de Londres!

Deuxièmement, le défi posé par l’augmentation générale de la population ne peut être relevé qu’avec la croissance économique et non en prônant la stagnation ou la décroissance. En d’autres termes, en optant pour une économie de pauvreté.

L’amélioration de nos infrastructures a un coût que seule la prospérité permet de supporter. Sans parler du financement de nos assurances sociales dont la pérennité dépend finalement aussi de la bonne santé de l’économie.

Troisièmement, une bonne politique migratoire n’a pas besoin d’agitation, de démagogie ou de surenchères. Mais plutôt de cohérence, de sagesse et de continuité. La grande majorité des étrangers qui résident régulièrement en Suisse ont vocation à y demeurer. Il convient donc à la fois de faciliter leur intégration et de conforter leur sentiment d’appartenance. La conclusion généralisée de pactes d’intégration individuels, comportant des droits et des obligations équilibrés, va dans ce sens.

En résumé, il faut repousser les solutions factices préconisées par l’UDC et celles, angéliques, rêvées par les partisans de la décroissance, qui se recrutent sur l’autre bord politique.

Malgré les critiques faciles qu’on leur porte, le maintien de la libre circulation des personnes, l’application rigoureuse de la législation sur les étrangers et sur l’asile, avec son volet sur l’intégration, la poursuite d’une coopération au développement ciblée, sont les conditions mêmes d’une politique migratoire intelligente, raisonnable, la plus conforme aux intérêts permanents de notre pays.