Le risque nucléaire en Suisse : inutile et inacceptable

La plus vieille centrale nucléaire du monde: Beznau dans le canton d'Argovie Keystone/Alessandro Della Bella

La plus vieille centrale nucléaire du monde: Beznau dans le canton d’Argovie Keystone/Alessandro Della Bella

Avant Fukushima, l’organe de surveillance du nucléaire, l’IFSN, recommandait la fermeture de nos centrales nucléaires après une durée de vie de 40 à 50 ans, pour des raisons de sécurité. Pour assurer leur mise hors du réseau, les exploitants proposaient alors de planifier la construction de deux nouveaux réacteurs nucléaires. Après Fukushima, il est néanmoins apparu que la construction de nouvelles centrales nucléaires n’était plus envisageable dans notre pays.

Trois ans plus tard le bilan est surprenant. Si le Conseil national suit la commission de l’environment, nos vieilles centrales, celles-là même que l’on jugeait obsolètes avant Fukushima, pourraient bénéficier de prolongations régulières de leur durée de vie jusqu’à plus de 60 ans ! Il n’y aurait tout simplement plus de planification ferme pour leur sortie du réseau. Une telle décision serait incompréhensible. Fukushima devrait du nous inciter à plus de prudence. Or c’est le contraire qui advient, puisque l’on envisage de faire fonctionner nos vieilles centrales plus longtemps que l’on n’avait jamais imaginé auparavant.

Beznau, mise en service il y a 45 ans, est pourtant la plus vieille centrale au monde encore en fonction. Tout comme Mühleberg, elle ne correspond plus aux exigences actuelles de sécurité. Dans le monde, on ferme les centrales nucléaires après une durée de vie moyenne de moins de 30 ans. Quand elles ne sont pas interrompues avant suite à un accident… En effet, cinq des 500 réacteurs mis en fonction ont terminé leur parcours via un grave accident, impliquant la fusion de leur cœur. En Suisse, un tel événement aurait des conséquences désastreuses vu l’exigüité de notre territoire et sa densité démographique.

Il est inacceptable d’imposer un tel risque à la population, alors que les alternatives existent. Cette semaine, le Conseil national a voté plusieurs mesures qui, appliquées de manière crédibles, permettraient une sortie rapide et sûre du nucléaire : intérêt national pour les installations d’énergies renouvelables, augmentation des moyens pour soutenir leur développement, système de bonus-malus pour les économies d’énergie. Plus de 30’000 projets d’énergies renouvelables sont en attente dans les tiroirs de la Confédération. Ils peuvent produire autant d’électricité que nos trois plus vieux réacteurs nucléaires, que nous devons fermer d’urgence. Qu’attendons-nous ?

On peut comprendre que les exploitants des centrales nucléaires veuillent continuer le plus longtemps possible à faire des bénéfices grâce à une énergie dont la collectivité assume tous les risques en cas d’accident et les générations futures la gestion des déchets. Mais que dire des politiciens qui choisissent d’exposer la population à un risque nucléaire aussi inutile qu’inacceptable ? Le peuple en jugera. Les Verts comptent bien, si le parlement maintient ces conditions, lui soumettre leur initiative qui exige, elle, la fermeture de nos centrales obsolètes après un maximum de 45 ans de durée de vie.