Pour une croissance de qualité, il y a des questions plus importantes que l’immigration

Au commencement, Dieu a dit aux hommes: «Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la!». Un commandement que nous avons observé un peu trop scrupuleusement au cours des dernières décennies. Lorsque je suis né, notre planète comptait 2,3 milliards d’êtres humains. Aujourd’hui, nous sommes 7,2 milliards. En Suisse, le nombre d’habitants a presque doublé depuis 1943. Il est impératif que nous reconsidérions cette mission divine. Nous devons agir de façon responsable face à la croissance démographique, car les ressources de la planète et de la Suisse sont ne sont pas inépuisables.

Dans quelle mesure la croissance est-elle bénéfique pour la Suisse? Avant de répondre, il me semble nécessaire de clarifier quelques concepts. Nous avons, d’une part, la sphère économique, au sein de laquelle les différentes performances sont mesurées en francs et additionnées. D’autre part, il existe des domaines dans lesquels nous sommes certes en mesure de quantifier certaines performances, mais celles-ci sont toutefois impossibles à appréhender globalement. C’est par exemple le cas du stress lié à la densité, que l’on ressent dans le RER ou dans les embouteillages du tunnel du Gubrist. Heureusement que ce stress nous est encore épargné si l’on franchit le Gubrist à vélo.

Certes, la libre circulation des personnes est en tout état de cause contraire au principe du «toujours mieux».

Quelques précisions d’ordre économique. Les performances dans ce domaine se mesurent à l’aide du produit intérieur brut (PIB). Si le PIB et la population augmentent respectivement de 1%, il s’agit d’une croissance purement quantitative: la qualité de vie moyenne de chaque individu ne s’en trouve pas améliorée. En revanche, si le PIB augmente de 1% dans un contexte de démographie constante, on parle alors de croissance qualitative: chacun gagne en moyenne 1% de plus.

Les sept années de la libre circulation des personnes (2007-2013) se caractérisent par une croissance quantitative. Sur 1,1% de croissance réelle moyenne du PIB, environ 1 point de pourcentage s’explique uniquement par la croissance démographique. L’augmentation réelle ne s’élève qu’à 0,1% par an par habitant. Au cours de la période précédente (2000-2007), le PIB réel par habitant affichait à l’inverse une forte croissance de 1,3%, malgré la crise internationale causée par le krach boursier et la guerre en Irak. La libre circulation des personnes n’a engendré qu’une augmentation de la population en Suisse, sans toutefois améliorer la qualité de vie de ses habitants. La productivité du travail, en stagnation depuis 2008, a également pâti de cette mesure. Au cours de la période précédente, elle s’était accrue de 10%. La libre circulation des personnes n’est pas une histoire à succès: une croissance quantitative pure n’est pas synonyme de performance économique. Le précepte que nous devrions appliquer à l’économie suisse devrait être «toujours mieux» et non «toujours plus».

Comment atteindre cet objectif? La réponse ne réside pas en premier lieu dans la politique d’immigration. Certes, la libre circulation des personnes est en tout état de cause contraire au principe du «toujours mieux». L’initiative Ecopop ne formule aucune obligation quant à la façon d’atteindre ce but: elle fixe juste un objectif en matière de politique d’immigration. Les moyens d’y parvenir doivent être définis dans le cadre législatif. En votant oui à l’initiative contre l’immigration massive, le peuple suisse a déjà adopté deux méthodes: des plafonds et des contingents, qui permettront d’atteindre l’objectif d’une politique d’immigration ciblée. Un autre outil, utilisé par exemple au Canada, est un système à points servant à évaluer le niveau de formation, l’expérience professionnelle, les connaissances linguistiques, etc. D’autres propositions incluent des systèmes basés sur le tirage au sort, les enchères ou la fiscalité pour les immigrants ou les entreprises souhaitant faire appel à de la main-d’œuvre étrangère.

Sur le fond, la création d’une croissance économique qualitative repose davantage sur des aspects tels que la formation initiale et continue, que sur la question de l’immigration.

 

Au terme de 26 années de service au sein de la Schweizerische Kreditanstalt (ancien Credit Suisse), notamment en qualité de membre de la direction générale entre 1987 et 1996, Hans Geiger a embrassé une carrière de professeur d’économie à l’Université de Zurich (économie bancaire), dont il est aujourd’hui retraité. Il est membre de l’UDC Weiningen (ZH).

 

 

L’immigration libre ne permet pas de générer une croissance durable: le seul moyen d’y parvenir est d’adopter une politique axée sur la qualité. L’objectif d’une simple croissance quantitative n’est pas assez ambitieux. La croissance ne doit pas seulement profiter aux entrepreneurs et aux managers, mais aussi aux salariés et aux consommateurs.