Il n’y a pas de bons ou de mauvais étrangers

Les albanophones de Suisse et, plus largement, les populations immigrées d’ex-Yougoslavie sont un peu aujourd’hui ce que les Italiens ou les Espagnols étaient hier à notre pays: des étrangers méconnus et donc mal-aimés, voire détestés. Certes, tout le racisme ou toute la xénophobie qui transpire ici ne vise pas que ces groupes-là. Mais il y a des similitudes entre les époques dans le regard que les autochtones posent sur ces étrangers-là.

Une table ronde* aura lieu en juin à Berne, en partenariat avec le site Albinfo.ch et le Politblog, sur la place des albanophones de Suisse. L’occasion de rappeler que, du haut de ses quelque 250 000 représentants (un habitant sur trente!), cette communauté étrangère est l’une des plus importantes du pays, avec les Italiens, les Allemands et les Portugais.

Trop souvent, l’image du ressortissant des Balkans est associée à la délinquance et à l’insécurité. Et il est vrai que les médias alimentent involontairement cette impression lorsque des nationalités d’ex-Yougoslavie se retrouvent abonnées à la rubrique des faits divers. Si une petite minorité, par ses méfaits, suffit à entacher la réputation de toute une population, elle ne doit pas faire oublier la masse intégrée, qui vit paisiblement et travaille, apprend, consomme dans son pays d’adoption.

Du haut de ses quelque 250 000 représentants (un habitant sur trente!), cette communauté étrangère est l’une des plus importantes du pays, avec les Italiens, les Allemands et les Portugais

Des albonophones de Suisse participant à une manifestation pour l'indépendance du Kosovo à Genève en 2008. (Keystone).

Alors évidemment, passée la diabolisation façon «tous des voleurs, des trafiquants et des meurtriers», s’ajoute une discrimination plus sociale: «Ils nous prennent notre travail.» Ce sentiment émane d’ailleurs tant des Suisses que de naturalisés ou d’étrangers de la deuxième ou de la troisième génération. Que la «cible» de ces critiques soient des réfugiés politiques ou économiques, peu importe: ils prennent trop de place.

Il y a trente ou quarante ans, les Italiens notamment devaient endurer le regard indifférent, incompréhensif, lourd, voire haineux de certains Suisses. Et les Blerim d’aujourd’hui sont un peu comme les Mauro d’alors. Mais ne caricaturons point. L’intégration à la Suisse fonctionne plutôt bien. Certains Italiens sont devenus parfois plus suisses que les Suisses. Dans les parlements communaux, les votes sur la naturalisation d’albanophones sont monnaie courante. Et si discrimination il y a, il faut la chercher dans la difficulté pour un président bien de chez nous de prononcer certains noms de candidats un peu trop exotiques ou, moins drôle, dans les quelques bulletins anonymes et lâches qui disent quelquefois non à telle ou telle personne…

On connaît mal, ici, les albanophones. Des gens qui s’identifient à une langue et non à un seul pays, originaires qu’ils sont principalement du Kosovo, de la Macédoine ou de la Serbie. Pourtant, leur présence ne remonte pas qu’aux années 90. Cela fait un demi-siècle que les premiers d’entre eux se sont installés en Suisse. Et leur visibilité la plus grande, ils la doivent aux tragiques événements en ex-Yougoslavie, qui les a fait migrer en masse.

Il est de la responsabilité des Suisses d’être des acteurs de l’intégration des étrangers. De tous les étrangers. Regardez les Italiens aujourd’hui. Ils font partie du paysage suisse, sont impliqués dans la société, dans la politique, à gauche comme à droite. Qui oserait remettre cela en cause? Le temps faisant son œuvre, il en ira de même pour les albanophones. Le phénomène a d’ailleurs déjà commencé. Mais l’entreprise ne réussira que si les intéressés y participent aussi. C’est ce que font déjà bon nombre d’entre eux, c’est leur défi quotidien. Ainsi, ils finiront bien par être des étrangers comme les autres, c’est-à-dire plus vraiment des étrangers.

*Table ronde Albinfo.ch & Politblog.ch, mardi 14 juin 2011, de 18h à 20h, Kuppelraum der Universität Bern, Hochschulstrasse 4, Hauptgebäude: «Un habitant en Suisse sur trente est albanophone. Quel est l’impact de ces populations en Suisse et dans leurs pays d’origine?» Informations & inscriptions à l’adresse info@albinfo.ch, ou auprès de Bashkim Iseni (021 349 40 28, Bashkim.Iseni@albinfo.ch) ou Vjosa Gërvalla (021 349 43 62, Vjosa.Gervalla@albinfo.ch).