Un salaire minimum qui nuit aux PME et à leurs employés

Le taux de chômage en Suisse est actuellement l’un des plus bas au monde. Notre pays compte sur son sol bon nombre d’entreprises innovantes et prospères, capables de verser à leurs employés des salaires bien positionnés dans une comparaison internationale. Après les Etats-Unis, nous sommes le pays le plus compétitif au monde et occupons depuis des années une place de premier plan en ce qui concerne la capacité d’innovation.

Notre modèle de réussite n’est pas une évidence. Il est le fruit de conditions cadres favorables à l’économie et dont les effets s’étendent à l’ensemble de la société. L’initiative populaire en faveur d’un salaire minimum constitue un véritable poison pour la prospérité dont jouit notre pays: elle promet aux citoyens plus d’argent alors qu’en réalité, elle leur coupe l’herbe sous le propre pied, économiquement parlant. En effet, partout où ils existent, les salaires minimums entraînent une augmentation du taux de chômage: ils conduisent à remplacer les travailleurs les plus faibles par des machines ou des employés plus qualifiés. Les jeunes diplômés peineront également à prendre pied dans le monde du travail. Quant aux emplois à temps partiel qui permettent aux familles d’acquérir un revenu complémentaire, ils risquent fort de disparaître avec la hausse des coûts salariaux.

Des vallées entières seront ainsi dépeuplées, des écoles seront fermées et seules resteront les personnes âgées.

Les PME seraient particulièrement frappées. (Image/Keystone)

Les PME seraient particulièrement frappées. (Image/Keystone)

Un salaire minimum de CHF 4000.- fixé par l’Etat entraînera une augmentation des salaires les plus bas, mais aussi du niveau de rémunération global d’une entreprise. Le choc des coûts concernerait particulièrement les PME, mais aussi les grandes entreprises axées sur l’exportation: elles seraient incapables de résister à une concurrence mondiale et seraient contraintes de supprimer des postes. De toute évidence, les auteurs de l’initiative oublient qu’avec leur revendication, ils causent un préjudice à ceux qu’ils disent vouloir protéger: les jeunes diplômés, les femmes et les personnes qui cherchent à réintégrer le monde du travail après un coup du sort.

Que se passera-t-il pour cette mère de trois enfants souhaitant vivement reprendre pied dans la vie professionnelle après une pause de 10 ans consacrée à sa famille? Ses chances seront quasiment nulles. En raison de l’augmentation des coûts salariaux, les entreprises y réfléchiront à plus de deux fois avant d’embaucher une personne en réinsertion professionnelle. Et quelle est l’utilité d’un salaire minimum pour ce père de famille qui s’est laissé séduire par les CHF 4000.– lorsqu’il était jeune au lieu de suivre une formation professionnelle, et qui se retrouve à la rue dès que l’économie tourne au ralenti? Alors que la priorité devrait être donnée à la recherche de solutions pour ces personnes, les syndicats œuvrent avec leur initiative dans leur propre intérêt, ce qui est inacceptable!

Ce dont nous avons vraiment besoin, c’est d’entreprises responsables qui négocient des salaires justes avec leurs employés. Par conséquent, nous ne devons en aucun cas porter atteinte à l’efficacité du partenariat social! Les partenaires sociaux sont conscients des besoins réels dans les différentes régions et les divers secteurs, et s’engagent en faveur de salaires décents et équitables. Unexemple: dans le cas des coiffeurs, les deux parties se sont entendues sur une augmentation du salaire minimum de CHF 3400.– à CHF 3800.–. Et pour que cette évolution ne menace aucunement les postes et les entreprises, elles ont convenu de mettre cette mesure en œuvre progressivement, sur plusieurs années.

Par ailleurs, l’initiative sur le salaire minimum crée de nouvelles disparités entre les régions. Elle sera fatale pour les régions rurales qui perdront l’un de leurs principaux avantages concurrentiels, à savoir le faible niveau du coût de la vie et des coûts salariaux. Si l’on augmente ceux-ci, les entreprises n’auront plus aucun intérêt à rester dans la région concernée. Et lorsqu’une population n’a plus aucune perspective de travail, elle est réduite à l’exode. Des vallées entières seront ainsi dépeuplées, des écoles seront fermées et seules resteront les personnes âgées. Une évolution qui va à l’encontre de notre idée de la cohésion nationale! Pour toutes ces raisons, je m’oppose vivement à l’initiative sur le salaire minimum.