Pour de vraies réponses au salaire minimum

Les arguments des adversaires d’un salaire minimum sont connus. Un tel dispositif entraînerait un nivellement des salaires par le bas, figerait une partie des salaires n’offrant plus de marge d’appréciation, mettrait les entreprises de certaines branches d’activités dans la difficulté, pourrait même entraîner la suppression de nombreux petits jobs, découragerait les jeunes à se former. Enfin, le montant serait exagéré, en particulier en comparaison à ceux pratiqués dans les pays environnants.

Ces affirmations sont de la spéculation, comme les arguments des auteurs de l’initiative d’ailleurs. Les exemples de la France ou de l’Allemagne sont utilisés de part et d’autre.

Il est vraisemblable que les citoyens dans leur majorité vont repousser cette modification de la Constitution. A cette occasion, le pays se montrera divisé entre ses parties latine et germanophone et entre les zones urbaines et périurbaines et les autres.

Même si certains propos tendaient à relativiser la pauvreté et la manière de la quantifier, il n’en demeure pas moins que plusieurs centaines de milliers de personnes travaillent et ne sont pas en mesure de subvenir à leurs dépenses courantes. Les meilleurs arguments pour dissuader l’électeur de soutenir un salaire minimum ne résideraient-ils pas dans l’articulation de véritables alternatives; celles avancées par ses adversaires sont peu convaincantes.

Environ 5 à 6% des salariés ne gagnent pas suffisamment pour vivre décemment. Les conventions collectives de travail (CCT) devraient pourtant garantir ce minimum.

Un aide-cuisinier dans un hôtel à Zurich. (Image/Keystone)

Un aide-cuisinier dans un hôtel à Zurich. (Image/Keystone)

Ainsi pour lutter contre la pauvreté, c’est le travail qui est préconisé. Cette solution n’est pas simple à mettre en œuvre, car les postes de travail offerts ne satisfont pas la demande. Les taux de chômeurs et de demandeurs d’emploi, respectivement 3,2% et 4,5% en mars, attestent ce déséquilibre.

Si trouver un travail rétribué n’est pas simple, bénéficier d’un emploi rémunéré et suffisant pour vivre dignement est encore plus complexe. Environ 5 à 6% des salariés ne gagnent pas suffisamment pour vivre décemment. Les conventions collectives de travail (CCT) devraient pourtant garantir ce minimum. Or, c’est justement dans les secteurs offrant les salaires les plus bas que ces conventions sont absentes!

Face à cette situation, bien connue, les adversaires d’un revenu minimum demeurent muets. Ce mutisme signifie implicitement que ces travailleurs doivent être soutenus par l’aide sociale. Certains secteurs de l’économie sont indirectement subventionnés en sous-payant leurs employés.

La solution proposée par les syndicats induit de nombreuses inconnues, en particulier quant aux réactions des employeurs. Elle est pourtant la conséquence directe de l’impéritie des milieux de l’économie à régler la question des CCT. On peut gager que l’échec au niveau fédéral ravivera la mise en route de réponses au niveau des Cantons, complexifiant encore l’enchevêtrement des dispositions régissant le marché de l’emploi.