La politique, l’économie et le 9 février 2014

Le débat autour du 9 février a été réduit à tort à une banale querelle entre anciens et modernes, entre nostalgiques et réalistes, entre un peuple aveugle et ses élites éclairées. A tort car il n’y a pas d’un côté une modernité conquérante caractérisée par l’ouverture au monde et de l’autre le repli, comme un revenant ressurgi de temps révolus. Ces deux mouvements sont au contraire corollaires l’un de l’autre, tous deux actuels, tous deux légitimes, ils participent de la même modernité.

Plus les frontières s’abaissent sous la pression du droit international économique, plus les peuples du monde aspirent à disposer de leviers politiques aptes à juguler localement les vents brutaux de la mondialisation écomomique. On le constate sur tous les continents. Il se trouve simplement qu’en Suisse, le peuple dispose de tels leviers, ils ont pour nom le fédéralisme, qui permet de prendre une décision politique au plus bas niveau possible, et la démocratie directe, qui permet d’associer l’ensemble des citoyens à la décision lorsque le sujet est ressenti comme important.

La question actuelle et pertinente à laquelle les Suisses ont dû répondre le 9 février est celle de la place de la politique, au sens classique du terme, la vie de la cité, face aux impératifs d’une économie globalisée. Ils ont dû dire si à leur avis, la gestion de la migration devait passer par un acte de puissance publique ou si l’on pouvait en sous-traiter le contrôle à l’économie privée comme le veut la libre circulation.

C’est la réponse la plus actuelle et la plus sûre qu’une cité doit faire au monde d’aujourd’hui : le retour du politique.

En disant oui le 9 février à l’initiative sur l’immigration de masse, les Suisses ont considéré que l’Etat n’avait pas à assumer sans rien dire le service après-vente de l’économie privée. (Image : Keystone)

En disant oui le 9 février à l’initiative sur l’immigration de masse,les Suisses ont considéré que l’Etat n’avait pas à assumer sans rien dire le service après-vente de l’économie privée. (Image : Keystone)

La libre circulation européenne des personnes postule que  la seule conclusion d’un contrat de travail, décision purement économique et privée, doit entrainer la délivrance obligatoire d’un permis de séjour par l’Etat. Alors que la résiliation de ce même contrat, autre décision économique et privé, ne saurait entraîner ni la fin automatique du séjour ni celle des obligations sociales de l’Etat qui lui sont liées. Les Suisses ont considéré que l’Etat n’avait pas à assumer sans rien dire le service après-vente de l’économie privée.

C’est donc le retour du politique, et rien d’autre, qu’annonce le vote du 9 février autour d’un point essentiel pour l’économie globalisée du continent. Pour autant, en disant que la migration est une question politique, le peuple suisse n’a pas répudié la libre circulation des travailleurs en Europe mais seulement décidé d’y mettre un cadre. Une démarche qui ne procède pas de la contemplation nostalgique d’un passé révolu mais qui constitue au contraire la réponse la plus actuelle et la plus sûre qu’une cité doit faire au monde d’aujourd’hui : le retour du politique.

En répondant en mode Tiananmen, la Commission européenne ne s’y est pas trompée : rouler en tank sur les étudiants d’Erasmus pour sanctionner ce qu’elle a pris pour un blasphème contre son dogme, est une réponse politique à un acte politique. Le débat est maintenant ouvert.