La démocratie suisse face au Landammann de Herrliberg

La moitié de la Suisse qui a adopté l’initiative de l’UDC contre l’immigration de masse découvre avec stupeur les conséquences de ce vote sur nos relations avec l’Union européenne : arrêt immédiat de la collaboration en matière de recherche, obstacles importants imposés aux jeunes souhaitant étudier dans l’un des pays membres de l’UE et une série d’autres mesures qui s’en suivront à n’en point douter.

Alors que cette stupeur semble honnête pour une part des personnes qui ont soutenu l’initiative UDC – notamment chez ceux qui pensent toujours que la voie bilatérale est nécessaire (pour autant qu’elle soit toujours possible), elle est totalement feinte de la part de l’UDC. Au sein de l’élite de la droite populiste, une voix a, comme souvent, le mérite de la clarté, celle de sa figure tutélaire.

Ainsi, nous avons eu droit à une leçon de « suissitude » dont Christoph Blocher s’était déjà fait le chantre avant qu’il ne soit déchu de sa fonction de conseiller fédéral. A l’image de ce que d’autres bien avant lui ont fait et dit, par exemple dans les sombres années 1930, la figure de proue de l’UDC s’auto-érige en père de la patrie, en homme fort du peuple, qui se voit au-dessus de la mêlée et au-dessus de la démocratie.

Monsieur Blocher souhaite être un « Landammann » des temps modernes, un nouveau bailli de la Suisse, qui dépasserait les institutions démocratiques.

Christoph Blocher dans sa maison Herrliberg. (Image: Keystone)

Christoph Blocher dans sa maison Herrliberg. (Image: Keystone)

La votation du 9 février est empreinte du poison de la xénophobie. Et ce liquide toxique distillé par l’UDC à doses régulières dans les veines de notre pays poursuit son œuvre de division : après les attaques sur les requérants d’asile et sur les travailleurs européens, c’est au tour des  Romands d’être stigmatisés. En effet, le point culminant des récentes frasques du tribun UDC a consisté à lancer l’accusation de « unschweizerisch » (« contraire à l’être suisse ») contre les cantons romands et, sans le dire, contre les villes alémaniques qui ont refusé son initiative. Le recours à cette formule choc est aussi ancienne que l’est la droite autoritaire dans notre pays. Dans le temps, le terme d’« unschweizerisch » était utilisé pour stigmatiser les démocrates progressistes et pour ostraciser, déjà, les personnes étrangères.

Monsieur Blocher souhaite être un « Landammann » des temps modernes, un nouveau bailli de la Suisse, qui dépasserait les institutions démocratiques. C’est à cette aune qu’il faut comprendre ses diatribes incessantes contre l’Etat de droit, son fonctionnement très autoritaire, son usage obsessionnel du référendum et de l’initiative populaire ainsi que ses mensonges éhontés faits au peuple sur les effets concrets de ses initiatives. Entre les mains de cet homme politique, les instruments de la démocratie directe ne visent pas à améliorer le fonctionnement de notre démocratie. Ces instruments deviennent des armes de destruction pour anéantir l’Etat de droit et tous les progrès de notre société.

Face aux attaques blochériennes contre la démocratie helvétique et son Etat de droit, un sursaut collectif assumé par cette part majoritaire de la population qui aspire au progrès est indispensable. Pour ceux qui font et feront vivre notre pays sur les places de travail, dans les quartiers et dans les familles, il est impératif d’affirmer la démocratie éclairée face à l’obscurantisme autoritaire, la xénophobie et le repli sur soi.

La votation du 9 février pose la question de savoir quelle Suisse nous voulons léguer aux générations futures. Celle que cherche à nous imposer le Landammann de Herrliberg n’est pas la mienne. Je défends une Suisse démocratique, tournée vers l’avenir et vers le progrès social et économique. Cette Suisse-là passe, notamment, à travers des liens solides avec nos partenaires européens.