Des révélations? Quelles révélations?

Les soi-disant «révélations» d’Edward Snowden sèment le trouble et provoquent des remous politiques depuis des semaines. Pourtant les confidences de l’ancien informaticien à la solde des services de renseignements américains n’ont rien de sensationnel. On pourrait même parler d’une succession de banalités et de tuyaux percés.

Pour résumer les propos du barbouze repenti, les Etats-Unis surveillent le monde avec d’énormes moyens technologiques. O horreur, la Grande-Bretagne ferait de même. Tout ce qui transite par internet, tout ce qui circule par satellite ou par fibre optique intéresse le Big Brother anglo-saxon. Sous couvert de stratégie et de lutte contre le terrorisme, ces petits curieux font aussi du renseignement économique pour servir leurs intérêts nationaux.

Qui a assez de naïveté pour faire semblant de le découvrir et en faire un scandale? L’espionnage est aussi vieux que la Guerre de Troie. Les pays qui pèsent dans la géopolitique mondiale s’y adonnent par tous les moyens possibles. Les programmes d’espionnage technique des Américains sont connus depuis les années 90, la technologie a juste permis de passer à une échelle plus large.

Sinon pourquoi les gouvernements et les grandes sociétés investiraient des centaines de millions dans la protection de leurs données sensibles? Sinon pourquoi nos conseillers fédéraux auraient-ils des téléphones cryptés?

Le ministre suisse des Affaires étrangères Didier Burkhalter demande des epxlications aux Etatas-Unis sur leurs pratiques d'espionnage sur la Confédération. Mais ne le savait-on pas déjà? (Image: Keystone)

Snowden a «révélé» à la Suisse que les banques sont dans le viseur des services américains depuis quelques années. C’est une plaisanterie! La vraie sensation serait de découvrir que quelqu’un en doute encore, après des années de conflit fiscal, un procès contre UBS, une enquête contre une douzaine d’autres grandes banques.

Une autre soi-disant révélation de Snowden qui vaut son pesant de cacahuètes: la CIA serait influente en Suisse. Sans blague? Et dire qu’on pensait que le Conseil fédéral avait ordonné de détruire des pièces essentielles au procès des frères Tinner en 2007, juste pour faire de l’ordre dans les armoires… Le fait que les frères Tinner travaillaient pour la CIA et que les Etats-Unis ont multiplié les pressions pour détruire ces documents n’était, bien entendu, que des coïncidences!

Il était drôle de voir les pays européens surjouer leur rôle de vierges effarouchées la semaine dernière, juste au moment où démarraient des négociations pour un accord de libre-échange commercial UE/USA.

Dans la même veine, les Chinois ont été sans doute fort surpris en apprenant que les Etats-Unis espionnaient leurs communications. La France, dont les barbouzes se sont plusieurs fois fait prendre à espionner leurs alliés politiques ou commerciaux, tombe évidemment des nues en apprenant qu’ils font de même.

Un peu de sérieux! Edward Snowden n’a rien révélé du tout. Il se présente en «lanceur d’alerte» à la conscience trop haute pour admettre les pratiques de ses anciens employeurs. La réalité est qu’il est en fuite avec des documents qui intéressent la sécurité de son pays, poursuivi pour avoir amené des données confidentielles en Chine, en terrain pas spécialement amical pour Washington.

Le reste n’est que manœuvres politiques. Il est délicieux de voir Didier Burkhalter demander des explications aux Etats-Unis sur leurs pratiques d’espionnage, alors que le Conseil fédéral est parfaitement informé de ces agissements – par ses propres services d’espionnage et de contre-espionnage. Il était drôle de voir les pays européens surjouer leur rôle de vierges effarouchées la semaine dernière, juste au moment où démarraient des négociations pour un accord de libre-échange commercial entre l’Union européenne et les Etats-Unis. Un hasard bien sûr.

Il restera de cette affaire une bonne histoire d’espionnage, comme le public les aime, avec son pesant d’ombres et de fantasmes.