Après le 9 juin, la gauche n’a plus droit à l’erreur

Le résultat de dimanche passé concernant la dixième révision de la loi sur l’asile, attaquée par voie de référendum, est sans appel. Cette bataille – impossible à gagner, ni même à influer, et à laquelle le parti socialiste a dû s’associer par devoir de responsabilité –, s’est soldée par le score historiquement le plus bas obtenu par les défenseurs du droit d’asile.

Les indispensables appels à contrôler de près l’application des mesures sanctionnées par le vote de dimanche se voient certes affaiblis par l’ampleur du résultat du scrutin. En tous les cas, cette défaite cuisante doit inévitablement pousser le camp référendaire à se passer à l’avenir de choix stratégiques hasardeux qui, au lieu de renforcer la cause d’une politique d’asile humaniste et pragmatique, l’affaiblissent.

Au zénith de sa popularité, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a encore d'importants défis à relever sur le front de l'asile et des politiques migratoires. (Image: Keystone)

Toutefois, il n’est pas sûr que les combats à venir risquent à leur tour d’en être affectés. Si l’échec du comité référendaire est sans appel, le plébiscite demeure plus énigmatique pour le camp des «vainqueurs». On peut certes attribuer une part de la victoire de dimanche passé à ceux qui prônent des durcissements, mais c’est surtout la conseillère fédérale, Simonetta Sommaruga, qui est aujourd’hui au zénith de sa popularité. Seule à réellement faire campagne, elle n’a eu de cesse de défendre son projet d’accélération des procédures et des mesures compensatoires pour pallier aux durcissements.

Fait révélateur de ce changement de donne: notre ministre socialiste s’apprête au nom du Conseil fédéral à présenter ces prochains jours son vaste projet de réforme pour accélérer les procédures d’asile. Un élément clé pour arriver à cet objectif est une des revendications historiques de la gauche: l’introduction d’une protection juridique systématique pour les demandeurs d’asile.

Dans ce cadre, les défenseurs du droit d’asile devront travailler d’arrache-pied pour renforcer une protection juridique des demandeurs d’asile qui soit réellement respectueuse des droits de la défense. Ils pourront aussi saisir l’occasion de cette réforme pour faire consacrer un véritable droit de travailler pour les demandeurs d’asile qui seront autorisés à rester plus de trois mois. Ce droit-là doit jouer un rôle crucial dans la pacification du climat social vis-à-vis des demandeurs d’asile dans le pays.

La gauche a un rôle essentiel à jouer en demandant la consolidation des mesures d’accompagnement mais aussi en poussant le Conseil fédéral à mieux protéger notre système de sécurité sociale.

La gauche est aussi attendue sur trois autres enjeux de politique migratoire bien plus larges, qui marqueront durablement la Suisse et surtout notre modèle de croissance économique. Au cœur de ces batailles, se trouve l’avenir de l’accord sur la libre circulation des personnes passé avec l’UE. Avec l’initiative UDC sur la migration de masse, ECOPOP, puis la question de l’extension de l’accord à la Croatie, l’UDC va chercher à démolir à trois reprises cet important acquis de notre politique migratoire et de notre modèle de croissance économique.

Parce que le risque qu’elle y parvienne est réel, la gauche a un rôle essentiel à jouer en demandant la consolidation des mesures d’accompagnement mais aussi en poussant le Conseil fédéral à mieux protéger notre système de sécurité sociale. La question des éventuelles fraudes, liées aux prestations sociales suisses par le biais de contrats fictifs de courte durée afin de permettre l’accès à notre système social, doit rapidement être résolue. Les milieux patronaux doivent comprendre que le soutien de l’électorat de gauche à la libre circulation a sa contre-partie: celui de garantir une protection sociale et salariale suffisante pour prévenir les dumpings.