Victimisation à la suisse

La Suisse se demande pourquoi les Etats-Unis, parmi d’autres pays, continuent à la persécuter. Que ce soit à propos du secret bancaire ou des comptes offshore, le sentiment qui prévaut est que les Etats-Unis se conduisent de façon tyrannique et que la Suisse est une victime innocente.

Un titre récent dans la Tribune de Genève a attiré mon attention: « Pierre Vincenz, directeur du groupe Raiffeisen, estime que la Suisse a trop tardé avec l’Union européenne. » M. Vincenz explique que depuis plusieurs années il apparaissait évident que les banques suisses ne pourraient pas continuer à faire des affaires dans une « zone grise » avec de l’argent non-déclaré. Il faisait la promotion d’une politique plus proactive, regrettant clairement que sa voix n’ait pas été entendue avant l’ouverture de discussions sur l’échange automatique de l’information, discussions  qu’il savait inévitables.

Quel est le rapport avec la Suisse et les Etats-Unis ? Dans une certaine mesure, les problèmes actuels entre la Suisse et les Etats-Unis s’inscrivent dans une relation asymétrique. Les soit-disant Républiques Sœurs étaient plus proches historiquement lorsqu’elles étaient de taille similaire. Bien que la Suisse intervienne souvent au-delà de son poids politique et économique, elle n’évolue absolument pas dans la même catégorie que les Etats-Unis. Une certaine forme de harcèlement existera toujours, on le retrouve même entre frères et sœurs de la même famille. Le plus grand et le plus fort a souvent le dessus, au détriment de ce qui est juste.

Le récent choix du Gouvernement suisse de fermer World Radio Switzerland (…) émet un signal négatif vers la communauté anglo-saxonne de Suisse.

Berne devrait entretenir de bonnes relations avec la communauté anglo-saxonne de Suisse. Ici un studio de World Radio Switzerland. (Image : WRS)

Malgré cela, et pour revenir aux propos de Pierre Vincenz, il n’y a pas de raison pour que la Suisse ne soit pas plus proactive dans ses relations avec les Etats-Unis. La «Swiss Foundation for World Affairs » située dans une prestigieuse Université de Washington D.C., était une plateforme importante présentant aux décideurs américains les idées helvétiques sur le système bancaire et la politique suisse. La décision de sa fermeture par la Suisse a malheureusement détruit un espace précieux de dialogue.

Dans un autre domaine, et en lien avec la Genève Internationale, le récent choix du Gouvernement suisse de fermer World Radio Switzerland, malgré des milliers de lettres de soutien et de nombreux prix attribués à cette radio, émet un signal négatif vers la communauté anglo-saxonne de Suisse. Affirmer que «WRS n’est plus une priorité pour le service public audiovisuel suisse» ne sera certainement pas reçu comme un message positif par les anglophones de Genève et de la région.

La relation de cause à effet entre la fermeture de la Swiss Foundation for World Affairs à Washington et de la World Radio Switzerland, en termes de détérioration des relations entre Washington et Berne, ne peut pas être prouvée. Toutefois, ces deux activités relativement peu onéreuses constituaient des moyens d’échange proactifs et permettaient clairement de construire la confiance.

Est-il justifié que la Suisse se plaigne d’être la victime lorsqu’elle échoue à atteindre l’audience avec laquelle elle veut établir de bonnes relations ? Ou qu’elle se dise harcelée ? Au lieu de se complaire passivement dans ce rôle de victime, il serait peut-être plus judicieux d’analyser les raisons de certains agissements négatifs de la part des Américains et de développer une stratégie cohérente sur le long terme. Les événements ne naissent pas de rien, il y a une histoire derrière chacun d’eux. Être proactif n’est peut-être pas dans la tradition suisse, mais n’être que réactif, ainsi que Vincenz l’explique, limite les possibilités de négociations favorables à la Suisse.

Comme le dit l’expression « on récolte ce que l’on sème ». Alors qu’il n’y a peut-être pas de cause à effet suite à ces fermetures, il y a, à mon avis, une réelle corrélation. Toutes les deux relèvent d’une vision à court terme et n’aident certainement pas à nourrir une relation constructive. La prochaine fois que Berne se plaindra d’être victime de harcèlement, le Gouvernement devra faire une longue introspection pour expliquer ce qu’il a mis en place pour être proactif, ou tout au moins pour ne pas être négatif.