L’asile vaut davantage qu’un bras de fer

Simonetta Sommaruga a tout juste: la ministre de justice et police veut révolutionner la politique d’asile en Suisse en accélérant les procédures. Son projet en cours d’élaboration a déjà reçu le soutien unanime des ministres cantonaux en charge de cette problématique si sensible. La création de centres de la Confédération permettra, tout en assurant la sécurité juridique, de réduire la durée de traitement des demandes à 100, voire 140 jours.

Cette rapidité des décisions est la garantie que les drames humains à répétition ne se reproduiront plus. Personne ne veut revivre les expulsions, après 3 ou 4 ans d’attente, de familles intégrées et dont les enfants sont scolarisés. L’affaire des 523 dans le canton de Vaud au mitan des années 2000 est encore dans tous les esprits en Suisse romande. Et depuis lors la mobilisation des différentes associations, comme «En 4 ans on prend racines», aux quatre coins de la Suisse n’ont cessé de susciter émotion et controverse.

Un oui le 9 juin ne résout aucun des maux avérés et reprochés à l’asile. Le résultat sera sans effet aucun sur les abus et la criminalité des requérants.

Aucun parti ne semble intéressé à une solution réelle dans le domaine de l'asile. Ici un contrôle à l’entrée de logement pour requérant à Nottwil. (Image: Keystone/ Sigi Tschler)

Avec chaque fois, le même leitmotiv: quand le requérant n’est plus un chiffre statistique mais une personne connue, les communautés se mobilisent et s’indignent de ces lois scélérates qui ne distinguent pas le bon du mauvais requérant. Le parlement fédéral débattra, lui, prochainement de ce «projet Sommaruga» salué par une large majorité.

Mais nous n’en sommes pas là. L’objet de la votation du 9 juin est, lui, d’une autre nature. Il est le fruit d’une montée de testostérone de la droite parlementaire qui veut nous faire croire qu’il y a urgence à agir. En résumé, PLR, Vert’Libéraux, PBD et PDC se sont mesurés à l’UDC. Histoire de montrer qu’eux aussi savaient bander les muscles. Du bras de fer plus que de la politique.

Il y a plus de calcul électoraliste que de fondement dans cette carte jouée sur les a priori de la population. Forcément: le peuple plébisciterait les mesures de durcissement. La gauche, PS en tête, l’estime aussi. Puisque ce sont les Jeunes verts qui ont forcé le référendum. Les directions du PS et des Verts préféraient détourner le regard que de mener une bataille difficile: c’est lâche!

Heureusement, la campagne s’anime avec la prise de position des églises contre la révision de la loi sur l’asile. Certains lui reprochent beaucoup de choses, mais en l’occurrence, elle émet un signal clair. Et courageux. Car elles risquent de déplaire à un certain nombre de leurs fidèles. Mais au moins, il n’y a pas de calcul et de stratégie cachée. Juste une prise de parole sincère sur ce qu’elles pensent être juste.

Avec collégialité, la ministre Simonetta Sommaruga défend ce paquet urgent de sept mesures qu’elle présente comme une première étape à sa vaste réforme. C’est un faux-semblant. Les cinq mesures non contestées faciliteront certes la mise en place du projet avenir, mais peuvent attendre d’être débattues avec le projet d’ensemble.

Et quand aux deux mesures qui font controverse – la suppression de la possibilité de demander l’asile dans les ambassades et la non-reconnaissance de la désertion comme motif d’asile – elles sont simplement inacceptables pour qui souhaite maintenir la tradition d’asile de la Suisse.

De plus, soyons clairs, un oui le 9 juin ne résout aucun des maux avérés et reprochés à l’asile. Le résultat sera sans effet aucun sur les abus et la criminalité des requérants. Pour ces derniers, le Code pénal appliqué avec rigueur suffit.