Vaches à lait les automobilistes? Vraiment?

«Les automobilistes sont de plus en plus souvent considérés comme les vaches à lait de la nation: ils paient toujours plus d‘impôts, de taxes et des redevances, mais ils sont tout de même bloqués dans les embouteillages»: l’Association des importateurs suisses dautomobiles (auto-suisse) en a ras-le-bol. Avec un comité d’initiative interpartis, elle vient de lancer l’initiative populaire «Pour un financement équitable des transports».

D’une part, ce texte veut que les impôts et les redevances des usagers de la route soient effectivement utilisés en faveur de la route. D’autre part, il souhaite compliquer les futurs renchérissements par le biais du renforcement des droits de participation des usagers de la route. A l’avenir, les impôts, taxes ou redevances relatives à la circulation routière seraient ainsi soumis au référendum facultatif. Le texte du lobby automobile porte le nom d’initiative «vache à lait» et a pour objectif d’éviter que les automobilistes soient traités comme «les vaches à lait de la nation».

Le trafic routier doit s'autofinancer. rencontre vache-voiture sur le col du Klausen. (image: Reuters)

On comprend bien les plaintes croissantes des automobilistes, d’autant plus que le Conseil fédéral, le Parlement et les pouvoirs publics planchent sans cesse sur de nouvelles redevances. Ainsi, le prix de la vignette devrait grimper de 40 à 100 francs d’ici 2015 et le centime climatique pourrait bientôt passer de 1,5 à 5 centimes par litre de carburant.

Dans le cadre de la stratégie énergétique de la Confédération, une taxe d’incitation est prévue: elle devrait revenir à une mise à contribution supplémentaire de 50 centimes par litre d’essence. De plus, l’Office fédéral des routes (Ofrou) prévoit une nouvelle redevance comprise entre 55 et 70 centimes par litre de carburant.

Il y a cependant de bonnes raisons pour justifier la plus forte mise à contribution des automobilistes, à condition de prendre en compte les investissements prévus pour l’aménagement du réseau routier. Rien que pour les routes nationales, les aménagements prévus d’ici 2030 sont dotés d’un budget de près de 45 milliards de francs. Une augmentation des impôts et redevances liés à la circulation routière semble ainsi légitime. C’est d’ailleurs la position que défend le think tank Avenir Suisse, pas vraiment réputé pour être hostile aux automobilistes ou à la mobilité en général.

Si l’on comptabilisait ces coûts, le taux de couverture du trafic routier serait bien en-dessous de la barre des 100%.

L’autofinancement du trafic routier ne satisfait qu’à première vue, même le compte routier de l’Office fédéral de la statistique présente depuis de nombreuses années un taux de couverture de plus de 100%; 115% même en 2010. Néanmoins, il fait l’impasse sur les coûts externes du transport tels que la pollution, le bruit ou encore les frais hospitaliers, montants pris en charge par la société. Si l’on comptabilisait ces coûts, le taux de couverture du trafic routier serait bien en-dessous de la barre des 100%.

S’il faut admettre que la contribution propre du trafic ferroviaire est encore moindre, il ne faut pas oublier que le financement du trafic routier par ses utilisateurs reste également insuffisant. Vu sous cet angle, les plaintes du lobby automobiliste qui décrit sa clientèle comme «les vaches à lait de la nation» doivent être relativisées.