L’alternative aux alternatives n’existe pas

Heureusement que la catastrophe de Fukushima a conduit à un large soutien pour le tournant énergétique et la sortie programmée de l’énergie nucléaire et fossile. Heureusement que les faits sont clairs et que la majorité des participants à la procédure de consultation sur la Stratégie énergétique 2050 partagent le même avis, à savoir: faites demi-tour. Quant aux opposants, ils ont récemment riposté en utilisant des expressions telles que «mousse verte» (terme créé par la Weltwoche) ou encore «bénéficiaires de subventions». J’aimerais leur dire que pour le bien de l’économie, nous devrions nous en tenir aux faits et nous concentrer sur la mise en pratique des mesures décidées.

Une chose est claire: le tournant énergétique représente un défi complexe. Nous nous sommes habitués à des prix de l’énergie prétendus bas. Le calcul des coûts complets fait mal: il nous confronte brutalement aux erreurs du passé, à une situation actuelle insatisfaisante (risques locaux, dépendance de l’étranger, chances d’innovation manquées etc.) ainsi qu’aux problèmes auxquels nous serons confrontés à l’avenir (changement climatique, démantèlement nucléaire, dépôts finaux etc.) Plutôt que «halte, assurez!» (comme le disait récemment Thomas Held lors du Congrès suisse de l’électricité, soutenu par Economiesuisse et Swissmem), nous nous en tiendrons plutôt à la devise «Faites demi-tour, tout de suite!». Nous avons vu suffisamment de moratoires et d’hésitations, et une sécurité de planification insuffisamment assurée ne profite à personne. La bonne nouvelle: la pilule à avaler n’est pas si terrible que ça.

Le défi actuel est d’axer notre politique énergétique sur les domaines de l’efficience énergétique, des énergies renouvelables et des réseaux et stockages intelligents et de les synchroniser de manière optimale. Ceux qui diront qu’ils ne «pensent pas» que cela fonctionne et qui craignent que la sécurité de planification ne puisse pas être garantie raisonnent de manière trop simpliste. Au cours des trois dernières années, l’équipe de swisscleanteach – que la Weltwoche et compagnie avaient dédaigneusement qualifié de «petit groupe de lobbyistes» – a fait du travail sur les faits. Nous avons élaboré un propre modèle énergétique et régulièrement discuté paramètres et hypothèses dans le cadre de plusieurs groupes thématiques. Le groupe «efficacité et industrie» a ainsi discuté les différents potentiels d’épargne et les mesures libérales et réalistes nécessaires pour les atteindre. Le groupe «énergies renouvelables» a élaboré un compromis pour la promotion de l’énergie solaire à la fois finançable et tourné vers l’avenir. Le groupe «CCF / CCC et stockage saisonnier» s’est penché sur le système d’électricité en Suisse et a analysé au moyen de différents scénarios les capacités des pompes et du stockage nécessaires au fonctionnement du système avec un nouveau mix électrique. Et ainsi de suite.

Le tournant énergétique représente une chance pour la Suisse. Le seul argument des 10 milliards de francs que nous dépensons actuellement pour les importations d’énergie (…) devrait suffire à convaincre même les non-économistes.

Une éolienne à Andermatt, 5 Janvier 2011. (Photo: Keystone / Martin Rütschi)

La Stratégie énergétique Cleantech qui résulte de ce travail est claire: le tournant énergétique est techniquement faisable. Ce constat bénéficie d’ailleurs d’un large soutien, comme le prouve notre comparaison des principales études réalisées en Suisse sur l’énergie et l’électricité (y compris celles de la Confédération et des EPFL). Au niveau international également, les choses s’éclaircissent: malgré un calcul des coûts complets rudimentaire, les énergies renouvelables gagnent en vitesse. Dernier exemple en date: en Australie, l’éolien est déjà moins cher que le charbon. Les récents propos d’une célèbre directrice d’entreprise suisse qui avait dit que les énergies renouvelables «ne fonctionnent pas» ne sont pas fondés. Pire: ils sont tout simplement… bêtes.

Ceux qui ont calculé de manière sérieuse constateront également que l’économie nationale est capable de supporter le tournant énergétique. Selon les scénarios de référence, on pourra s’attendre à des investissements supplémentaires à hauteur de 50 à 100 milliards de francs ou à une chute de la croissance de moins d’un pour cent du PIB d’ici 2050. Ces coûts «nets» excluent toujours les majeurs effets secondaires du tournant énergétique tels que la création d’emplois locaux, les coûts de santé moindres (notamment grâce à la réduction des gaz d’échappement) et les avantages compétitifs liés au savoir-faire acquis.

Lorsque l’on prend en compte l’ensemble de ces facteurs, on constate que le tournant énergétique représente une chance pour la Suisse. Le seul argument des 10 milliards de francs que nous dépensons actuellement pour les importations d’énergie et qui pourront alors être transférés vers une création de valeur ajoutée au niveau local devrait suffire à convaincre même les non-économistes.

Ceux qui n’hésiteront pas à faire valoir cette position face à Economiesuisse, Swissmem ou Science Industries ne prêchent rien et ne créent pas de «mousse». Par contre, ceux qui interprètent des études sérieuses de manière douteuse jouent sur la panique. «Moins 25% du PIB» – ça, c’est de la «mousse noire». Avez-vous d’ailleurs remarqué qu’aucune alternative n’a pu être avancée? Sans doute parce qu’il n’en existe aucune. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle swisscleantech n’est pas seule avec ses positions: l’usam, Swisspower, la SIA et les cantons sont également favorables à la Stratégie énergétique 2050. Que tous – y compris swisscleantech – s’expriment avec un «oui mais» semble logique, étant donné qu’il s’agit d’une procédure de consultation.

Les démarches à faire ne seront pas simples – et le principal problème ne concerne ni la faisabilité technique, ni les répercussions économiques. C’est une mise en œuvre favorable à l’économie qui sera décisive pour le succès. Swisscleantech estime de plus que les subventions ne sont pas une bonne solution. Mais comme nous avons très justement choisi la voie d’une sortie programmée du nucléaire, nous devrons également faire une «entrée programmée». Tant que les subventions actuelles persisteront, une promotion ciblée des énergies renouvelables est tout aussi légitime. C’est pourquoi swisscleantech est favorable à une application en deux phases telle qu’elle est prévue par la Confédération. Alors que la première phase sera axée sur des mécanismes actuels tels que la RPC et portera rapidement ses fruits, la deuxième phase devra remplacer la promotion par des instruments de motivation, avec pour objectif un calcul des coûts complets conséquent.

Que la deuxième phase – la réforme fiscale écologique – soit d’ores et déjà contestée par les (néo-)libéraux prouve qu’il s’agit davantage d’une défense d’intérêts particuliers que de principes institutionnels. Ceci est dangereux. La discussion actuelle sur les rémunérations abusives montre à quel point certains acteurs économiques se mettent eux-mêmes hors-jeu en s’étant opposé pendant trop longtemps à des préoccupations justifiées. Le même danger guette le domaine de l’énergie: si les milieux politiques cèdent sur les débats proactifs aux Verts et à la Gauche, il faudra effectivement s’attendre à une surrégulation. Pour pallier à cela, nous avons besoin d’une participation marquée par le temps et l’engagement. Il faut une politique économique constructive, sans «mousse» ni chuchotements, basée sur les faits plutôt que sur l’émotion – pour une économie libérale et durable.