Bébés en pleurs et hystérie politique

Que contient exactement le nouvel article sur la famille, soumis au peuple en votation le 3 mars prochain? Les arguments absurdes dont se sert l’UDC, tout comme – même si de manière un peu plus discrète – le PLR et l’USAM, pour le combattre laissent supposer qu’un «oui» dans les urnes urnes aurait des conséquences dévastatrices.

En janvier, lors de la traditionnelle rencontre à l’Albisguetli, Christoph Blocher s’est d’ailleurs empressé de dire que «cet article a pour objectif la dissolution de la famille». Il a ajouté que le contrôle exercé par l’Etat central ne s’arrêterait désormais plus aux familles, qu’il était question d’étatiser l’éducation des enfants, que l’article coûterait des milliards de francs au contribuable et qu’il déresponsabiliserait les parents. Propos que répètent également ses collègues de parti: les revendications qui découlent de l’article auraient des conséquences financières à hauteur de milliards.

D’où vient cette hystérie? Jusqu’il y a un mois, le nouvel article sur la famille ne figurait quasiment pas à l’ordre du jour. Les choses ont changé lorsque l’initiative sur les rémunérations abusives commençait à développer une certaine force explosive pour l’UDC et qu’une défaite pour Christoph Blocher, opposé à l’initiative Minder, se dessinait à l’horizon. La révision de la loi sur l’aménagement du territoire ne convient pas non plus à la promotion de l’UDC: étant donné qu’une grande partie de son électorat est opposée à l’abus du sol et mettra ainsi plutôt un «oui» dans l’urne, le parti n’a pas intérêt à crier sur tous les toits qu’il favorise le «non».

Il ne reste donc plus que l’article sur la famille, que l’on peut instrumentaliser sans peine et sans danger. Pour détourner l’attention des deux autres textes, pour diffamer les adversaires politiques, pour se démarquer.

Les structures d'accueil pour enfants se retrouvent au coeur de la campagne autour de l'article constitutionnel sur les familles.

La manœuvre de l’UDC se révèle futée, puisque le parti de Christoph Blocher a réussi à attirer l’attention sur ce troisième sujet et à présenter cette lettre morte et abstraite comme un élément plus important que les revendications concrètes de l’initiative Minder et de la révision sur la loi sur l’aménagement du territoire.

Dans l’immédiat, l’article sur la famille demeure sans conséquences, même si les milieux politiques y feront référence au sujet du congé paternité ou de la prolongation des subventions aux crèches, pensées en tant que financement incitatif. Cependant, aucun projet onéreux ne sera réalisé sans le consentement du parlement et de l’électorat. Autrement dit: le nouvel article constitutionnel sur la famille ne coûte rien et n’a pas de conséquences en soi.

Ce qui ne veut pas dire qu’il faut se moquer de ce qui est écrit dans la Constitution: les articles qui y figurent sont la manifestation d’une volonté populaire qui doit – qui devrait – être respectée par la politique institutionnelle. La Suisse n’a pas de cour constitutionnelle, d’où la grande marge de manœuvre du parlement lorsqu’il s’agit de concrétiser la Constitution.

Qui veut une place de crèche, l’obtient. C’est l’obtention d’une place de crèche subventionnée qui demeure difficile.

Sous l’égide de la promotion de la famille, les chambres pourraient par exemple assouplir les conditions bureaucratiques imposées aux structures d’accueil, revendication que reprennent d’ailleurs les partis bourgeois lors de la campagne actuelle. Les enfants en pré-scolarité n’ont pas nécessairement besoin de toilettes séparées pour les filles et les garçons, et le nombre d’éviers d’une cuisine n’a pas d’influence sur le bien-être des enfants.

Diminuer les charges reviendrait ainsi à favoriser ce type de structure et à donner suite au nouvel article sur la famille. De même, on pourrait concevoir des mesures destinées à harmoniser les emplois du temps de différents établissements scolaires. Des mesures qui bénéficieraient non seulement aux parents actifs, mais aussi à leurs employeurs.

Hélas, force est de constater que les opposants à l’article ne sont pas les seuls à avoir tort: certains arguments avancés par ses partisans sont tout aussi erronés. D’une part, il est par exemple faux de dire que la Constitution ne protège actuellement pas la famille: elle y figure déjà à maintes reprises. D’autre part, les chiffres qui circulent au sujet des places de crèche manquantes (et qui vont jusqu’à atteindre le seuil des 100’000) sont aussi erronés que l’estimation des conséquences financières. Qui veut une place de crèche, l’obtient. C’est l’obtention d’une place de crèche subventionnée qui demeure difficile, comme l’a constaté une journaliste de la Neue Zürcher Zeitung en tentant elle-même l’expérience. Aujourd’hui, ces places sont toujours accessibles aux familles aisées, une inégalité qu’il s’agit de résorber.