L’IVG est un droit humain

La nouvelle du viol et du meurtre brutal d’une jeune Indienne a suscité un tollé partout dans le monde et a placé au centre de l’attention toutes les atteintes aux droits humains dont sont victimes les femmes indiennes au quotidien: discrimination, absence de droit, violence sexuelle, avortements forcés.

Il n’y a cependant pas besoin d’aller jusqu’en Inde pour se rendre compte à quel point les droits fondamentaux des femmes sont méprisés, en particulier lorsqu’il s’agit du droit de disposer de leur corps, qui depuis longtemps sert de terrain d’expression aux prétentions de pouvoir masculins, étatiques ou religieux.

Dans le droit des peuples, les droits liés à la sexualité, à la grossesse, à la naissance et à la parenté sont regroupés sous la rubrique «droits sexuels et reproductifs». Ils n’apparurent à l’agenda international qu’il y a vingt ans, lors de la Conférence internationale sur la population et le développement du Caire. Depuis, de nombreux pays, de l’Arabie Saoudite au Vatican en passant par le Nicaragua, ont sans cesse tenté de faire marche arrière –  au nom de la religion, de la tradition ou en raison d’un calcul politique.

Une initiative populaire soumise au peuple cet automne voudrait radier le financement de l’IVG de l’assurance de base.

Une manifestation d’opposants à l’IVG à Zurich. (Image : Keystone)

Le mépris ces droits humains touche avant tout les femmes et les filles. Chaque année, des centaines de milliers d’entre elles meurent à la suite de viols et d’abus sexuels, de complications liées à la maternité qui auraient pu être évitées ou d’avortements soit interdits par la loi, soit effectués dans des conditions insalubres.

La Suisse n’échappe pas à ces cercles ultraconservateurs qui voudraient revenir en arrière pour limiter les droits sexuels et reproductifs des femmes: une initiative populaire soumise au peuple cet automne voudrait radier le financement de l’IVG de l’assurance de base. Une telle réduction de prestations porte doublement atteinte à l’interdiction de discriminer telle qu’elle est inscrite dans la loi: non seulement elle ne toucherait que les femmes, mais elle pénaliserait aussi particulièrement les plus démunies, celles qui ne disposent pas d’un réseau de sécurité sociale au-delà du cadre garanti par l’État.

L’intention qui se cache derrière la question du référendum est claire: il s’agit d’une remise en cause du droit à l’avortement dans le cadre du régime du délai tel qu’il a été approuvé aux urnes en 2002. Malgré une augmentation de la population, le nombre d’interruptions de grossesse n’a pas augmenté depuis, ce qui est en partie dû à un bon système de prévention.

Qu’elle habite en Suisse, en Inde, ou au Nicaragua: une femme qui décide d’avorter ne le fait pas par gaieté de cœur, mais parce qu’elle a des raisons pertinentes de le faire. Dans le cadre législatif en vigueur, elle devrait avoir le droit d’être informée au sujet de son IVG et de la réaliser dans des conditions sanitaires saines. Tant par le passé que par les statistiques de nombreux pays du Sud, nous savons ce qui se passe lorsque l’on prive les femmes démunies ou marginalisées de ce droit: limiter l’accès à l’avortement ne réduit pas le nombre d’interruptions de grossesse, elle les rend seulement plus dangereuses.

Espérons que les citoyennes et citoyens suisses profiteront de leur passage aux urnes cet automne pour se souvenir de l’indignation qu’ils ressentent en voyant les atteintes aux droits de la femme en Inde.