Moderniser l’AI est une nécessité

Réviser encore une fois l’assurance-invalidité (AI), pourquoi? Pour accompagner le retour des personnes handicapées sur le marché du travail et ne plus les pénaliser lorsqu’elles retrouvent un emploi. Travailler doit être financièrement attractif pour les assurés!

Comment y parvenir? Par un nouveau système de rente linéaire, plus juste et plus compréhensible. Actuellement, l’AI verse quatre types de rentes: quart de rente, demi-rente, trois quarts de rente et rente entière. A la clé: une grande différence entre chaque palier. Avec le nouveau système, c’est fini. A chaque personne son propre taux d’invalidité et donc son propre niveau de rente. Plus le taux d’invalidité est élevé, plus le niveau de la rente sera élevé. Mais dès 80% d’invalidité, une rente entière sera versée.

Biffer l’effet de seuil permet aussi de corriger une faille du système actuel. En effet, une personne handicapée qui trouve un travail, fréquemment à temps partiel, voit souvent sa rente diminuer d’un montant supérieur à son salaire. Elle travaille mais, à la fin du mois, elle a moins d’argent dans son porte-monnaie! Cette iniquité touche aussi les assurés qui augmentent leur taux d’occupation. Avec le nouveau système linéaire, ce ne sera plus le cas.

Derrière les chiffres et les pour-cent, il y a des gens qui n’ont pas choisi leur situation et qui ont besoin de cette assurance pour avoir une vie décente.

(Keystone)
Une personne handicapée qui trouve un travail, fréquemment à temps partiel, voit souvent sa rente diminuer d’un montant supérieur à son salaire. (Image: Keystone)

Deux points sont par ailleurs essentiels pour moi. Tout d’abord, personne ne doit voir sa rente AI existante diminuée par cette révision. Le nouveau système linéaire ne doit donc pas s’appliquer aux personnes déjà au bénéfice d’une rente AI, et cela pour éviter une baisse de revenu à près de 26’000 d’entre elles. Ensuite, les rentes pour enfants de parents handicapés ne doivent pas non plus être réduites.

Cette révision marque la fin d’un grand chantier visant à moderniser l’AI et à combler le trou béant de ses 15 milliards de dette: dix ans, trois révisions et une augmentation provisoire de la TVA acceptée par le peuple. Cette dernière étape est maintenant discutée au Parlement, sous le joli nom de Révision 6b.

Chacun y aura mis du sien. L’augmentation provisoire de la TVA rapportera près de 8 milliards d’ici à 2017. Ce prélèvement ne doit pas être prolongé. Comment en être certain? En introduisant un mécanisme d’intervention automatique. Un mécanisme qui oblige le monde politique à intervenir dès que l’AI plonge dans les chiffres rouges. Et qui sera indispensable pour garantir les rentes dans le futur.

L’avenir de l’AI suscite peu de débats en dehors des milieux concernés. Pourtant, derrière les chiffres et les pour-cent, il y a des gens qui n’ont pas choisi leur situation et qui ont besoin de cette assurance pour avoir une vie décente. Et l’AI nous protège tous, car tous, un jour ou l’autre, nous pouvons avoir besoin de ce filet social qui marque la solidarité des Suisses.

Texte publié une première fois dans 24heures le 10 décembre 2012, en prévision du débat au Conseil national, qui s’est soldé le 12 décembre par une limitation des mesures d’économie; le Conseil des Etats doit maintenant se prononcer et dire s’il confirme ou pas ce choix.