Ils sont pénibles, à Berne!

Ah, la cacophonie au Palais fédéral! Le Conseil des Etats est une chambre noire, le Conseil national fait l’école buissonnière. Les conseillers aux Etats ne savent pas compter ou interpréter les mains levées de leurs collègues, mais luttent bec et ongles contre l’introduction d’un système de vote électronique. Quant aux conseillers nationaux, ils ne font pas ce qu’on leur demande, à savoir voter, et boudent la salle du Conseil.

Peter Spuhler: absent à presque la moitié de tous les votes cette année! Christoph Blocher: absent dans près de 40% des cas! De tels scores sont de plus en plus monnaie courante. Politnetz, la plate-forme politique qui veut assurer aux Suisses leur «dose quotidienne de démocratie», les recense avec un soin méticuleux. Les scores ont la cote, car ils peuvent être compris et commentés par tout un chacun, un peu comme le classement de la Super League. Les scores d’absentéisme ont pour objectif affiché d’assurer la transparence.

Mais de quelle transparence parlons-nous? Soyons terre-à-terre: le géographe de la politique Michael Hermann a montré grâce à une analyse statistique que le nombre de conseillers nationaux qui votent est aujourd’hui bien supérieur à ce qu’il était au milieu des années 1990. Faut-il en remercier les scores d’absentéisme, qui inciteraient à la discipline? Ou n’est-ce pas plutôt dû au fait que le Parlement est de fait devenu une assemblée de professionnels de la politique? Les entrepreneurs tels que Peter Spuhler, qui exercent un métier à côté de la politique, se font rares. Est-ce vraiment souhaitable?

Constitutionnellement parlant, tout représentant du peuple est libre de son vote; le fait qu’un groupe oblige tel ou tel vote est illégal.

Qu'attendons-nous des représentants du peuple et des cantons sous la coupole? (Image: Keystone)

En outre, la présence d’un conseiller national en dit vraiment très peu sur ce qu’il vaut. S’il ne fait qu’appuyer gentiment sur son petit bouton dans la salle, il ne doit pas très bien représenter le peuple. Apporte-t-il aussi une contribution substantielle au travail parlementaire? A-t-il une opinion propre ou se borne-t-il à caresser les autres dans le sens du poil?

Le score d’absentéisme ne permet pas de répondre à ces questions. Il permet à chacun de lire si un conseiller fait l’école buissonnière, s’il ne suit pas les directives de son groupe parlementaire. Mais alors, où est le problème? Constitutionnellement parlant, tout représentant du peuple est libre de son vote; le fait qu’un groupe oblige tel ou tel vote est illégal.

C’est précisément là qu’on trouve de bonnes raisons pour soutenir le système actuel du Conseil des Etats, sans électronique et sans liste de noms. En effet, de tels comptes-rendus ne font qu’accroître la pression pour voter conformément à une directive. Les listes de noms ne rendent pas vraiment les personnes plus visibles au sens positif du terme; elles ne font que passer chaque intervenant à la moulinette. En bref, le Conseil des Etats fonctionne selon la même logique que le Conseil national et perd de sa spécificité. Mais si les deux chambres sont au diapason, où est la légitimité de la chambre basse, si ce n’est qu’elle est basse et que ses membres sont élus à la majorité au prorata de la population des cantons ?

Les débats sur les conseillers nationaux absentéistes et les conseillers aux Etats qui ne savent pas compter ont non seulement atteint un niveau de café du commerce, ils sont également empreints de tartufferie. Le peuple, qui, dans sa grande majorité, ne va pas voter, casse du sucre sur le dos de ses représentants.