Ecopop a presque tout juste

L’initiative Ecopop est un punching-ball national. A peine déposé il y a quelques jours, ce texte récolte des critiques à tous les échelons politiques. Ses demandes sont irritantes : limiter la hausse de la population suisse à 0,2% par année (ce qui revient à fermer les frontières à l’immigration) ; dénoncer certains traités internationaux à commencer par la libre circulation; consacrer 10% de l’aide au développement dans des pays étrangers à la planification familiale volontaire.

Le rejet dans les chapelles politiques majoritaires est logique car Ecopop ne peut pleinement satisfaire aucun parti ni aucun groupe traditionnel.  Les défenseurs de la croissance, de l’économie et des libertés individuelles, à droite et au centre, tout comme les défenseurs des minorités à gauche, la trouvent au mieux suspect, au pire dangereux. Et ni les amoureux de l’environnement ni les souverainistes purs et durs ne peuvent se reconnaître complètement dans un hybride curieux qui mélange fermeture des frontières et protection de l’environnement.

Ecopop aurait donc toutes les tares? Ce n’est pas le cas. Née des préoccupations d’intellectuels originaux et hors sérail, l’initiative esquisse de vraies réponses à de vrais problèmes, sans s’embarrasser de complexes. L’augmentation vertigineuse de la population en Suisse (80 000 personnes par année dans un territoire restreint) produit des effets dommageables. Elle génère des situations aiguës en termes d’habitat, de transports, d’énergie, de pollution et de vivre ensemble.  Les solutions évoquées sont souvent la densification du territoire, l’augmentation des capacités de transports, une révolution énergétique et des lois plus contraignantes.

En Suisse, la dénatalité de la population résidente aboutit à une équation simple : accroissement de la population = immigration

Ecopop casse un tabou en posant la question de la population humaine. (Images: Keystone)

Ecopop casse un tabou en posant la question de la population humaine. (Images: Keystone)

Ecopop casse un tabou en posant la question de la population humaine. Une donnée intouchable en Occident, car toute limitation est jugée liberticide et contraire à nos valeurs. Pourtant cette question est primordiale. L’explosion démographique mondiale est à la source de tous les grands problèmes environnementaux et constitue un écueil majeur pour la population humaine elle-même. Les scientifiques les plus optimistes prévoient une stabilisation vers 2050, mais on sait que toutes les prédictions en la matière se sont révélées inexactes. Les êtres humains ne se régulent pas comme un troupeau d’animaux, font valoir certains, pourtant il est désormais question d’une destruction possible du biotope humain.

En Suisse, la dénatalité de la population résidente aboutit à une équation simple : accroissement de la population = immigration. Ce  qui entache Ecopop d’un soupçon de parenté avec les initiatives Schwarzenbach des années 70 et le texte anti-immigration de l’UDC. Quelques partisans du réduit national, dont Ulrich Schlür, soutiennent d’ailleurs Ecopop. Mais cela ne suffit pas à faire de ce texte un brûlot nationaliste: la volonté d’influencer sur la natalité mondiale via l’aide au développement démontre un souci global de la part des initiants. La Suisse peut jouer un rôle sur ce plan, tout comme Genève a soutenu ces dernières années les initiatives antinucléaires hors de son territoire.

Les milieux économiques craignent qu’une baisse de la population entraîne des problèmes de recrutements de main d’œuvre pour les entreprises, avec le risque de passer d’une économie libérale à une économie planifiée. Mais le pouvoir d’attraction de certaines régions du pays aboutit à des saturations pénibles, de la pénurie de logements aux transports difficiles. La liberté des individus et des entrepreneurs est elle-même mise à mal dans un environnement trop dense. Quant au financement des assurances sociales, une augmentation indéfinie de la population ne permettra pas d’alléger la facture jusqu’à la consommation des temps.

Les initiants d’Ecopop se sont souvent fait traiter de nostalgiques de la Suisse d’autrefois. Ils seraient motivés par la peur… On peut facilement retourner l’argument: la peur de réfléchir à un autre modèle de société et la fidélité à des principes (de développement ou de libéralisme) pourrait aussi animer la majorité des détracteurs d’Ecopop. Un signe: le seul parti à n’avoir pas d’emblée rejeté le texte sont les Verts libéraux , dont certaines sections manifestent même de la sympathie. Cette nouvelle formation nationale  a décidé d’aborder les problèmes sans tabous ni complexes. «Les hommes sont comme les pommes, pensait Théodore Monod, quand on les entasse ils pourrissent.» Cette préoccupation pourrait aussi être celle du peuple suisse. Il a après tout dit oui, contre toute attente, à plusieurs initiatives de Franz Weber pour la protection des paysages, des textes qui étaient largement décriés avant les scrutins