A Mach 1,8, notre raisonnement à petite échelle est désuet

Il y a fort à parier que, dans 20 ans, l’Union européenne aura unifié la défense de son espace aérien. La police de l’air et le maintien de la souveraineté aérienne au-dessus du territoire européen seront dès lors du ressort de la European Air Force. Même notre voisin alpin, l’Autriche, bénéficiera de la protection de forces aériennes unies, faisant de l’ombre à nos propres avions. Car planifier, acheter et réaliser ensemble, cela revient au final moins cher et est plus efficace. Et puis, au milieu de tout cela, il y aura comme d’habitude la Suisse souveraine, suivant sa propre trajectoire.

Mais soyons honnêtes : à Mach 1,8, notre raisonnement à petite échelle n’a plus lieu d’être. Où qu’un FA/18 décolle en Suisse, il aura passé la frontière au plus tard dans les 15 minutes. Un virage précoce s’impose pour ne pas violer l’espace aérien d’un État ami. Nous avons aujourd’hui déjà besoin de contrats et d’accords spéciaux pour coopérer avec d’autres États dans la surveillance de l’espace aérien. C’est, somme toute, beaucoup de travail et de dépenses pour un petit pays comme la Suisse qui, tôt ou tard, ne pourra se passer d’une collaboration poussée en Europe.

Mieux vaut probablement que les partisans du renouvellement de la flotte de combat se fassent dès maintenant à l’idée d’un tel refus.

Une coopération avec l'Autriche existe déjà: (Image: Keystone)

Le maire de Vienne, Michael Häupl, a justement proposé récemment la réunion des forces aériennes autrichiennes et suisses. Le sujet a également été abordé par les jeunes du PDC. L’idée n’en est donc pas à ses premiers essais. Certes, le Conseil fédéral a plutôt mal réagi face à la proposition de Vienne. Et pour cause, ce ne sont pas les réticences qui manquent : perte de la neutralité politique, abandon de la souveraineté et dépendance d’autres États… sans compter celles d’ordre constitutionnel et légal. De fait, cette suggestion n’en est encore qu’au stade de vision.

Mais qu’on s’en souvienne si, un jour, le peuple suisse devait mettre son veto à l’achat de nouveaux avions et envoyer les Forces aériennes suisses à la retraite d’ici 2035. Mieux vaut probablement que les partisans du renouvellement de la flotte de combat se fassent dès maintenant à l’idée d’un tel refus. En effet, selon la dernière enquête de la SonntagsZeitung, 57 % seraient contre l’achat de nouveaux avions.

La participation suisse à une solution européenne pourrait même résoudre la situation d’impasse actuelle au plan politique en faisant aux commandes une place à la gauche. Pour les questions militaires, en effet, les camarades veillent généralement à ce que la Suisse regarde plus loin que le bout de son nez. Ce n’est pas un hasard si c’est le zurichois Andreas Gross (PS) qui a adressé la suggestion de Michael Häupl par voie d’interpellation au Conseil fédéral.