L’accord de trop

Réduire le pouvoir des banques, démocratiser le fonctionnement de notre économie, dépasser le capitalisme financier : autant d’objectifs qui ne sont pas appelés à rester lettre morte. Mais répéter ces concepts comme une antienne ne constitue pas un programme pour autant. Il faut les mettre en œuvre, réaliser les progrès possibles – concrètement – lorsque l’occasion se présente, lorsque les circonstances sont favorables.

Elles le sont – aujourd’hui – pour réorienter les activités de nos banques. L’évolution du monde est en train de donner raison aux socialistes qui, en 1978, avaient lancé l’initiative sur les banques. Le secret bancaire se délite peu à peu. Les banques qui se livrent à des activités délictueuses sont en difficulté. La Suisse passera tôt ou tard – tous les esprits lucides en conviennent – à l’échange automatique d’informations, c’est-à-dire à l’annonce, par nos banques, au trésor de son pays d’origine de l’ouverture d’un compte par un ressortissant étranger.

Nos banques sont incapables d’appréhender l’évolution du monde. Elles semblent n’avoir plus qu’une seule ligne directrice : sauver leurs dirigeants de toute poursuite pénale.

La Suisse a besoin d’une stratégie de l’argent propre. Des banques à Genève (Image : Keystone)

Dans ce contexte, la tentative d’établir un impôt libératoire avec l’Allemagne, l’Angleterre et l’Autriche comme un standard international dénote d’un aveuglement peu commun. Nos banques sont incapables d’appréhender l’évolution du monde. Elles semblent n’avoir plus qu’une seule ligne directrice : sauver leurs dirigeants de toute poursuite pénale – à tout prix. Comment comprendre autrement qu’elles acceptent de jouer les percepteurs d’impôt pour les états voisins ? Comment expliquer qu’au mépris du droit du travail helvétique, elles livrent les noms de plusieurs milliers de salariés aux autorités américaines ? Comment comprendre la poursuite de cette débandade qui voit la Suisse céder à chaque fois trop tard, lorsqu’il n’y a plus rien à négocier, plutôt que d’organiser l’abandon en bon ordre de ce secret bancaire, cache-sexe pour les tricheurs, les fraudeurs, les menteurs ?

Nous voulons une place financière propre, pas la poursuite des activités de recel des banques. Même si, dorénavant, le receleur s’engage à prélever des impôts auprès des fraudeurs. Nous voulons une place financière qui anticipe l’évolution du monde, pas une énième tentative pour jouer au plus fin, seule contre tous. L’accord avec l’Allemagne, sur lequel nous allons probablement voter en novembre, s’inscrit dans une stratégie vouée à l’échec. Il faut aujourd’hui y mettre le holà.

Rejeter cet accord, c’est contraindre le Conseil fédéral à mettre en place une stratégie de l’argent propre, c’est obliger nos banques à se préparer à transmettre les noms des tricheurs aux autorités de leur pays d’origine, c’est rendre possible des poursuites judiciaires contre les incompétents qui ont joué avec les frontières du droit, c’est remettre à la justice ceux qui ont eu le cynisme, suite aux difficultés d’UBS, de reprendre ses équipes de traders actives aux USA.

Rejeter l’accord avec l’Allemagne, c’est refuser l’impunité : pas d’impunité pour les fraudeurs étrangers, pas d’impunité pour les dirigeants des banques qui participent activement au développement industriel de l’évasion fiscale.