La Suisse, bouc émissaire de Nicolas Sarkozy

Pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il attaqué nommément la politique fiscale de la Suisse en concluant le G20 de Cannes? Pour le président français – futur candidat à sa succession – il s’agissait avant tout de cacher à son opinion publique la pauvreté des résultats dans l’éradication des paradis fiscaux, malgré ses multiples tartarinades. 

Attaquer les autres places financières du continent – Luxembourg ou Londres – aurait été trop inconfortable. Il est toujours délicat de vilipender un membre de l’Union européenne, qui peut se mettre en travers de la France lors de tractations internes à l’UE. 

Nicolas Sarkozy, ici au récent G20 à Cannes, critique la Suisse pour plaire à ses électeurs. Il révèle aussi les carences de la politique étrangère de la Confédération. (Keystone)

Quant à reprocher aux molosses chinois et américain leurs propres paradis fiscaux – Hongkong et Macao pour l’un, Delaware, Nevada et Wyoming pour l’autre –, vous n’y pensez pas! Le yorkshire helvète fait bien mieux l’affaire. Il a juste la bonne taille. Assez gras pour être dévoré par les médias internationaux, mais sans disposer d’une grande gueule garnie de crocs acérés. 

Les attaques contre le secret bancaire helvétique venant de dirigeants tels que Sarkozy sont d’autant plus hypocrites que les partis politiques et les grandes firmes françaises et autres y ont recouru dans un passé récent. Côté pile, on sollicite les banques helvétiques, côté face – j’allais écrire côté farce –, on les transforme en boucs émissaires. 

En fait, il n’y a aucune volonté politique réelle de supprimer tous les paradis fiscaux. Chacun veut conserver les siens bien au chaud tout en stigmatisant l’un ou l’autre de ces havres argentés, ce qui permet de se dresser, à peu de frais, en parangon de la transparence financière

L’absence d’une politique étrangère digne de ce nom devient un luxe que nous ne pouvons plus nous offrir. 

Devant cette situation, les pays anglo-saxons se frottent les mains en espérant que les clients étrangers des banques suisses – apeurés par le tintamarre sarkozyste – choisiront leurs propres établissements. Genève ne détient-elle pas la première place mondiale dans la gestion de fortune avec 27% des actifs gérés? Or Londres se situe au deuxième rang (24%) en embuscade et Luxembourg (14%), au troisième. 

A ce jeu-là, tout le monde y trouve son compte, sauf la Confédération bien entendu. Nicolas Sarkozy gonfle son jabot, ébouriffe ses plumes devant les électeurs français. Et les concurrents de la banque suisse se débarrassent d’un encombrant rival. Notre pays paie, une fois de plus, son isolement, alors que la mondialisation fait rage. L’absence d’une politique étrangère digne de ce nom devient un luxe que nous ne pouvons plus nous offrir. 

C’est entendu, l’existence des paradis financiers est une aubaine pour tous les fraudeurs. Et l’on voit avec la Grèce dans quel gouffre insondable la fraude peut faire plonger un pays. Mais jeter en enfer un seul paradis ne fera pas progresser la justice fiscale d’un iota.